Témoignages

Thierry Lannoy, fondateur de M2C, Lima (Pérou)

Contact : Lannoyt <lannoyt@gmail.com>

« Thierry Lannoy est le fondateur du groupe M2C. Diplômé 1998, entrepreneur dans l’âme, lancé par l’incubateur SKEMA, pépinière d’entreprises des produits innovants, il a successivement créé deux entreprises. D’abord d’emballages plastiques de produits innovants Samsonite, puis un site internet communautaire de ventes de bateaux d’occasions accompagné d’un chantier naval.  Il a quitté la France pour rejoindre, avec son équipe, le Pérou, afin d’y créer une structure d’exploitation minière, il a aujourd’hui pour ambition d’importer ses produits en France. Un parcours étonnant et détonnant. »

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T. Lannoy

D’abord, un pari :

En 2006, le défi est lancé. Dos au mur avec son entreprise en France, encouragé par l’un de ses employés, d’origine Péruvienne, Thierry décide de partir à l’aventure et de tenter sa chance au Pérou, accompagné de femme, enfants et d’une partie de son équipe. Armé de pelles et de pioches, l’objectif est de mettre en place une structure minière spécialisée dans l’extraction d’or. Partis de zéro, ils démarrent avec des produits portatifs et fonctionnent avec des machines conçues de leurs mains. Après un an d’étude de terrain, de géologie, d’étude des sols, de l’histoire, de la typologie de la région… Thierry enclenche le projet. «Au Pérou, il est impossible de réussir la première fois, mais nettement plus aisé de prospérer la seconde ». Ainsi, après un premier projet minier tardant à éclore, non loin de celui de Yanacocha ; la mine la plus importante d’Amérique du Sud, notre jeune diplômé se lance dans un nouveau projet d’une moindre ampleur, qui est un succès. Sans formation initiale mais toujours habile de leurs mains, il a fallu former les populations locales afin qu’ils développent les compétences requises à ce type d’activité.  Il emploie aujourd’hui une soixantaine de personnes au sein de cette organisation. Obtenir les autorisations nécessaires, convaincre la population locale, négocier avec le ministère des mines, trouver des personnes de confiance pour s’entourer… M2C regroupe désormais deux mines, restaurants tels que pizzeria ou encore société d’import-export. Un véritable parcours du combattant relevé avec brio !

Le Pérou, une vraie mine d’or, oui mais…:

Le Pérou est un territoire riche en ressources. Ces dernières sont abondantes, mais très éparpillées. «J’essaie de communiquer sur ce métier parce que si demain il faut se lancer, il y a de la place ! ». L’impulsion du développement du Pérou, après l’éradication du sentier lumineux en 1995, est intimement lié à la mine de Yanacocha. « L’économie de marché n’existe au Pérou, que grâce à Yanachocha » estime l’expatrié. Seulement, c’est un pays au développement inégal. En effet, deux fois et demi la France en superficie, sa population n’en représente que la moitie, dont un tiers centralisé à Lima, la capitale. Sur ces neuf millions d’habitants, huit millions sont concentrés dans les Barrios (Favélas de Lima). Côté entreprise, « l’accessibilité à l’entrepreneuriat en France est beaucoup plus simple qu’au Pérou. Ici, chaque fait et geste est taxé » confie t-il. Par exemple, l’équivalent de l’impôt sur le revenu en France est calculé ici sur une potentielle production dans l’année, et non sur la production réelle de l’année N. Une aberration selon notre entrepreneur. De plus il est important de faire attention à la législation : un contrat au Pérou n’a pas la même valeur juridique qu’en France. Pour autant, à force de détermination et de persévérance,  affrontées ces difficultés stimule l’esprit et participent à l’accomplissement de l’homme.

La force du réseau:

Aujourd’hui, Thierry Lannoy souhaite partager son temps entre la France et le Pérou. Pour ce faire, il tente de fédérer des sociétés minières privées afin d’importer en France les minerais récoltés. De quoi inspirer de jeunes diplômés SKEMA.

Un conseil à un SKEMIEN:

Thierry insiste sur l’importance de savoir bien s’entourer lorsqu’on tente une telle aventure. Il considère que de bonnes connaissances managériales, juridiques et financières sont indispensables dans l’entrepreneuriat à l’étranger. « Sur une échelle de 1 à 10, il faut 9 en management ! » Il est important de savoir se remettre en cause.  Les vérités managériales en France ne sont pas nécessairement avérées au Pérou ou ailleurs. Il faut donc constamment s’interroger et s’adapter. Enfin, « soyez vigilant sur vos aspirations et sur vos actes ». Prévoir, analyser, décortiquer, anticiper sont des exercices quotidiens. Avec cela en poche, il faut se lancer !! «  Les pays d’Amérique du sud sont trop souvent abandonnés par les Européens, et à tort ! »

Yves-Vincent Duperron, Directeur/fondateur Blootech, Santiago (Chili)

Contact : Yves-Vincent Duperron <yduperron@gmail.com>
Diplômé SKEMA Business School en 1997, franco-autrichien, animé par l’envie de découvrir, d’apprendre, de voyager, Yves se galvanise de séjours à l’étranger. Polyglotte, marié à une chilienne, père de deux enfants d’ores et déjà quasiment trilingues, ce passionné, voire brûlant amoureux des langues étrangères laisse derrière lui un parcours difficilement plus itinérant.

Yves-Vincent Duperron

L’international « dans le sang »:

Né avec une double nationalité, son intérêt et sa curiosité du monde qui l’entoure sont d’abord le sceau d’une histoire familiale. Spécialisé en International Business, l’étudiant s’investit très tôt dans la vie associative liée à l’international et occupe le poste de président de l’AIESEC (Association Internationale des Etudiants en Sciences Economiques et Commerciales) de Lille. Cette O.N.G. estudiantine, fondée au lendemain de la seconde guerre mondiale, est présente dans environ 110 pays avec plus de 60.000 membres et permet aux étudiants d’internationaliser leur parcours à travers des stages, des rencontres, des échanges… Il réalise ainsi avec son équipe des missions export en Hongrie, Bulgarie et Autriche. C’est à l’occasion d’un de ces voyages d’affaires qu’il découvre une entreprise pas tout à fait comme les autres et dont le siège social se trouve isolé en altitude au bord d’un idyllique lac alpin du Tyrol : Red Bull, alors inconnue en France, et qui pèse aujourd’hui plus de 5 milliards d’euros. Il veut partager et faire vivre à tous les étudiants sa passion pour l’export. La même année il conçoit donc avec son équipe « Simexport ». Au travers de ce grand jeu de rôle, des équipes d’étudiants concourent pour remporter un important marché en Suède : adaptation de l’offre, bouclage du financement et de l’assurance-crédit, négociation en anglais… sans oublier l’épreuve finale des rollmops arrosés d’akvavit. L’initiative remporte le prix AIESEC France du meilleur projet. Ces réussites le confortent dans sa vocation professionnelle et illustrent ses compétences.

Une fois diplômé, c’est donc tout naturellement qu’il intègre la chambre de commerce Française d’Amsterdam, par le biais d’un V.I.E (Volontariat International en Entreprise). Il conseille et accompagne dans leurs premiers pas à l’export une trentaine de PME de tous secteurs: moteurs, logiciels, champagne…un régal pour cet esprit conquérant et curieux de tout. Une opportunité aussi pour Yves, de concilier passion de l’entreprise et fascination pour la culture néerlandaise, principalement celle de la Hollande des navigateurs-découvreurs-commerçants du Siècle d’Or.  Après 18 mois à emmagasiner connaissances et expériences,  une carrière internationale se confirme. D’abord, chef de produits et coordinateur chez Vanguard Europe,  confectionneur d’accessoires photos, puis successivement ingénieur commercial services chez IER c’est comme responsable de marché international du programme Animal RFID du groupe Bolloré qu’il obtient un de ses plus grands succès. « Quand j’ai entendu parler du tatouage électronique des animaux j’ai tout de suite cru au potentiel export de cette technologie. En 3 ans j’ai établi un réseau rentable de distributeurs vétérinaires sur 17 pays. » Couronnement, l’activité est revendue au leader du marché. En 2008 ce travailleur acharné passe alors deux pas : « d’intra-preneur à entrepreneur »  tout en s’installant au Chili. Il emmène dans ses valises la technologie de la société Valbio, spécialisée dans le traitement des effluents agro-industriels et le biogaz, énergie renouvelable. En 10 ans, Yves aura travaillé avec plus de dix pays tels que l’Allemagne, l’Autriche, les pays d’Europe de l’est et d’Amérique Latine et maîtrise aujourd’hui six idiomes.

Il travaille aujourd’hui sur un nouveau projet ambitieux à travers Blootech Ltda, la société de représentation et d’investissement qu’il a fondé avec son épouse et Associée. Son bureau est installé au huitième étage d’un immeuble du centre économique de Santiago. Bouillonnant d’idées et de perspectives d’avenir, Yves, marié à une chilienne, est également l’heureux papa de deux garçons.

 

Le Chili, un pays d’avenir:

La France n’est plus un marché d’avenir selon notre diplômé. «  La France ainsi que l’Europe, alourdies par le fardeau de la dette publiques, sont entrées dans une récession qui va perdurer encore une dizaine d’années. Nous sommes à la fin d’un grand cycle économique où la finance avait fini par se suffire à elle-même. Nous sommes à un tournant historique : toutes les grandes nations occidentales présentent des niveaux d’endettement insoutenable combinés à un vieillissement démographique et l’absence de croissance. Brutalement ou progressivement il y aura forcément un changement systémique qui inclura un réajustement en faveur des pays émergents, un nouveau système monétaire» affirme t-il. Il faut donc aujourd’hui se tourner vers des pays prospères.  Le cadre des affaires souple, efficace et une croissance presque ininterrompue depuis plus de 10 ans attirent de plus en plus d’investisseurs au Chili. Seulement, l’erreur régulièrement commise par les entrepreneurs étrangers et notamment français est celle de l’arrogance, pensant être en terre conquise. Ce qui pourrait expliquer les difficultés des PME hexagonales à s’exporter, théorise Monsieur Duperron. « Les produits français sont reconnus et compétitifs… mais elles doivent être ouvertes à adapter leurs produits, services et business models. Impatientes, elles travaillent jalousement dans leur coin alors qu’elles auraient tout à y gagner à travailler en « équipe de France » avec d’autres PMEs. Elles savent bien qu’elles ont besoin d’un partenaire local … mais elles veulent se réserver la part du lion. Du côté des acheteurs de matières premières français il y la même déconnection avec la réalité du monde globalisé. « A plusieurs reprises des opportunités ont été raflées par exemple dans le saumon par des acheteurs chinois payant cash au départ du navire alors que les français exigent souvent un paiement à 30jours date d’arrivée du navire en France… »

Selon Yves, le Chili est un pays favorable à l’entrepreneuriat. Les démarches administratives demeurent faciles et rapides. Le gouvernement souhaite d’ailleurs davantage simplifier les formalités liées à la création d’entreprise. La chambre de commerce française peut également être d’un soutien utile, selon les profils. D’après le témoignage d’Yves, il semble que les chiliens soient des hommes d‘affaires prudents et droits : « L’homme d’affaires chilien est plutôt allergique au risque. Il faut du temps pour créer une véritable confiance même si les contacts sont d’emblée très cordiaux. Il dit rarement non, c’est culturel, il faut décoder. Il a besoin de visualiser un modèle (échantillons ou installation pilote) déjà existant, viable et performant pour être convaincu. C’est la raison pour laquelle le premier contrat est souvent le plus difficile à décrocher. Ensuite, l’effet domino s’enclenche. » Le chili serait donc un eldorado prometteur, à condition de respecter des règles qui relèvent du bon sens.

 

La force du réseau:

Yves-Vincent Duperron a épousé une chilienne laquelle n’est autre que la cousine de la femme de son meilleur ami, partenaire de longue date et ami rencontré dans les amphis SKEMA.

 

Un conseil à un SKEMIEN:

 

L’INTERNATIONAL SANS FILETS  

Dans l’import/export,  il est nécessaire d’accorder une attention particulière à la marchandise. « Par exemple, lorsque j’étais chargé du développement d’une gamme de nouveaux produits pour le groupe Vanguard (leader mondial dans l’univers des accessoires photo-vidéo), il nous est arrivé de recevoir des cargaisons entières, de trépieds, non perpendiculaires au sol. La solution ? Se rendre dans l’usine, en Chine, équipé d’une ficèle et d’un poids, afin de spécifier, au degré près,  la verticalité demandé pour le produit ». De manière générale l’international c’est travailler sans filets…c’est ça qui fait l’intérêt de la chose : il n’y pas de tribunaux ni de lois facilement applicables à l’international. Etre un bon commercial ne suffit pas. Il faut avoir aussi le flair du marketeur, effectuer les bons ciblages, voire proposer l’adaptation des produits. « On doit aussi être financier et comprendre le bilan d’un futur prospect, juriste pour les contrats, qualité pour les produits et les normes locales…bref c’est là qu’une formation généraliste comme Skema prend tout son sens. Par ailleurs, en ce qui me concerne, je suis reconnaissant d’avoir une formation secondaire française scientifique de qualité ce qui m’a permis d’être à l’aise avec des produits très technologiques ».

CREER SA BOITE DES L’ECOLE

Plus la carrière progresse plus les revenus salariés sont conséquents … et rendent donc le saut vers l’indépendance difficile à faire, surtout avec femmes, enfants, crédit immobiliers. L’idéal serait de mettre en œuvre un projet d’entreprise en parallèle avec les études…pour s’amuser !

MARCHES PORTEURS AU CHILI

La consommation : la consommation croît à un rythme supérieur à 10%. Il y a de l’espace pour des concepts sérieux de franchise par exemple.

Le e-commerce : le marché décolle tout juste. Les deux principaux freins sont en passe d’être résolus : la faible diffusion des cartes de crédit (15-20% de la population) et l’absence d’une distribution fiable et bon marché comme La Poste française.

L’agroalimentaire et tout ce qui est connexe: le Chili se transforme en puissance agro-alimentaire favorisée par des sols très fertiles et une diversité de climat qui permet une grande multiplicité de fruits et légumes à contre-saison. Le Chili est aussi déjà le second éleveur mondial de saumons.

La mine : le Chili est le principal exportateur mondial de cuivre (50% des exportations du pays).

La finance : la stabilité des institutions, la bonne gestion de l’argent publique (surplus budgétaire structurel), la solidité du système bancaire ainsi que des flux récurrents provenant tant de la mine que des systèmes de pensions privés locaux (AFP) ont contribué à un système financier qui accueille désormais aussi les investissements internationaux.

Energie (renouvelable) et environnement : depuis plusieurs années déjà, avec des coûts élevés, autant pour les particuliers que les industries, la production électrique pose problème.

Cécile Carnoy, Key Account Sales, FOSKO & Edouard Jara, Directeur/fondateur du Boudoir - Santiago (Chili)

Contacts : "c.carnoy" <c.carnoy@laposte.net> & Edu Boudoir <eduardo@boudoir.cl>
Deux rencontres, deux tempéraments, deux parcours distincts, deux statuts fondamentalement opposés, des aspirations divergentes… Pourtant,  une vision commune d’un pays qu’ils côtoient : le Chili.
 
 
 
Cécile Carnoy

C.Carnoy

 
Edouard Jara

Edouard Jara

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
De nationalité chilienne par son père, avide d’expérience et d’aventure, la fibre entrepreneuriale chevillée au corps, Edouard Jara amorce en 2009 un rapprochement avec l’une de ses terres d’origine. Cette mince bande de terre de près de 4300 kilomètres, aujourd’hui libérée de ses vieux démons et réputée pour la diversité de son territoire. Cécile Carnoy, elle, diplômée SKEMA en 2003, a décidé, il y a trois ans, de suivre son mari, missionné en juillet 2010 par le ministère des affaires étrangères au sein de l’ambassade et l’institut Français, au Chili. Elle a rejoint le groupe Fosko, leader dans la création et la promotion d’emballages plastiques industriels.
 
Le Chili fait partie des pays dits du cône sud. Parmi les pays d’Amérique latine, il est celui où la culture européenne est la plus affirmée, avec l’Argentine. Le Chili est le deuxième pays le plus développé, reste le moins corrompu et demeure l’un des plus démocratique du continent ; un phare de stabilité et de croissance continue. Entre pays émergent et pays développé, il a fait son entrée dans l’OCDE il y a deux ans. 

 

Un départ au Chili, comme un changement de vie:

 

Dès l’obtention d’un baccalauréat littéraire, « Edouardo » plonge dans le monde professionnel et plus particulièrement celui de la restauration. Le groupe Casino, rattaché au groupe Le Duff incluant La Brioche Dorée, Pizza del arte, lui propose rapidement un poste à haute responsabilité, en Argentine, dans le but de former les forces de ventes sur place. A seulement 19 ans, le jeune bachelier préfère décliner l’offre et privilégie la poursuite de ses études via un BTS en action commerciale, puis en école de commerce, à SKEMA. Lorsqu’il quitte les bancs des amphithéâtres lillois (avant d’avoir le temps de valider son diplôme), le franco-chilien choisi une agence de communication pour s’engager dans la vie active. Pendant un an, il accumule expérience, connaissances, et surtout, des économies ; comme si une idée trottait déjà dans un coin de sa tête.

L’année suivante, à la fleur de l’âge, « Edouardo », désire en apprendre davantage sur ses racines et entreprend un voyage à la découverte du territoire de ses ancêtres. Rejoint à Antofagasta, au nord du Chili, par Clément, un ami d’enfance, ils vont parcourir, ensemble, les terres de sa famille paternelle pendant trois mois. A leur retour en France, passée l’insouciance des premiers jours, Edouard et son acolyte prennent une décision. Une envie et une ambition les submergent ; celle de retourner en Amérique du sud et d’entreprendre : fonder, à la capitale chilienne, un établissement de renom, « Le Boudoir » ; un bar restaurant lounge, haut de gamme. Ce besoin d’élaborer, d’ériger, de créer, cette envie de bâtir, de concevoir semble être dans son ADN  filial. «  Nos parents nous ont toujours inculqué la valeur du travail. « Je suis fatigué, je dois me reposer » n’a jamais été accepté dans ma famille, et ce culte du mérite lié au travail est reconnaissable chez nous tous. Des Etats-Unis au Canada, de New-York à Miami, mes oncles et tantes, certains cousins maintenant, sont tous propriétaires de leur entreprise. Le challenge repose sur celui qui aura fondé le plus admirable bijou ». Le temps d’acquérir le capital nécessaire et de convaincre un panel d’investisseurs, ils débarquent un an plus tard à la conquête de la cordillère. « Je me souviens encore du pincement au cœur ressenti en arrivant à Santiago, une unique valise à la main, réalisant qu’à trente ans, un simple petit balluchon représentait toute ma vie, tout mon passé » se remémore Edouard. Seulement, les deux associés prétendent à une bâtisse de caractère pour accueillir leur idée. La folie des grandeurs n’est elle pas la marque des ambitieux finalement ? Le temps de débusquer l’édifice rêvé, d’opérer les travaux et l’agencement requis, ils imaginent un concept novateur. Au cœur du patio « Bellavista », esplanade dédiée à la gastronomie et à la culture, ils créent : « La Baguette », et surfent alors sur un nouveau créneau en inventant une cafétéria gourmet, à la française. Ce projet est mené à bien en parallèle avec la gestion d’un parking d’une trentaine de places.

Un an plus tard, le numéro 97 de la « calle Constitucion » s’est métamorphosé. « Le Boudoir », au cœur de la municipalité de « Providencia », est prêt à accueillir ses premiers clients. A son bord, une nouvelle associée, Amélie Kayser, étudiante à Santiago, dont les recommandations, les conseils et une certaine vision féminine en ont fait l’une des pierres angulaires du projet. «  On a tenté au maximum de profiter de l’essence même de cette maison coloniale de 400 mètres carrés, pour porter le projet. L’objectif était de faire naître un endroit élégant, raffiné, de bon goût sans tomber dans l’ostentatoire ». Tous les meubles ont été taillés sur mesure par un artisan-designer local, le parquet couvre le sol depuis près de 80 ans, les moulures sont restaurées conformément aux dessins originaux, les briques anciennes enjambant les murs ont vieilli ici… 

Deux ans après la descente de l’avion à Santiago du Chili, tout en harmonie et en prestige, «  Le Boudoir » a fleuri et s’apprête à éclore. Depuis son lancement, quatre défilés de mode, de nombreux événements corporatifs, plusieurs lancements de parfums et produits cosmétiques dont Azzaro et Lancôme, l’organisation de diners de banques privées d’investissements, l’arrivée du Dakar, des expositions éphémères… ont pris vie entre les murs de cette désormais  institution. « La clé de notre réussite est une complémentarité sans faille des différents acteurs de cette aventure, et des idées perpétuelles sans jamais se reposer sur nos acquis » stipule le jeune entrepreneur. Une rentabilité significative et une excellence continue sont les objectifs-leitmotivs traqués par Edouard et ses associés. « La mejora continua » comme ils aiment à l’appeler.

De l’autre côté de la ville, l’entreprise 100% chilienne, FOSKO, vient de recruter une échappée de l’hexagone : Cécile Carnoy Giroud, seule européenne parmi près de 250 salariés. 

Souhaitant s’orienter vers une carrière tournée sur l’international, Cecile choisit le cursus anglais de SKEMA et complète sa formation avec des stages a l’étranger (Lallemand au Danemark, Nissan au Japon).  Une fois diplomée, elle travaille au sein du département achats internationaux de Codico, du coté de Strasbourg,  spécialisée dans les articles de décoration, coordonnant les importations avec les fournisseurs du Sud-Est Asiatique. Elle rejoint plus tard la société Cedrat, a Grenoble, où elle développe la stratégie de ventes des logiciels de la société auprès des Universités pour les zones Europe, Afrique, Moyen-Orient et anime un réseau de distributeurs.  « J’apprécie énormément les langues, j’aime échanger avec des gens d’horizons divers, donc je me suis toujours focalisée sur ces priorités» précise Cécile.  C’est le contact avec des patries voisines voire plus éloignées qui demeure au centre de ses préoccupations. « C’est amusant ; le matin j’appelle l’Europe, l’après midi les Etats-Unis. En ce qui concerne l’Asie, c’est plus difficile mais je pourrais avoir des clients 24/24 heures au téléphone» se réjouit l’interrogée.

Débarquée à Santiago pour une durée préétablie de quatre ans, Madame Carnoy Giroud voit dans cette expatriation l’occasion de se familiariser avec une nouvelle culture, une nouvelle langue, de nouvelles mentalités. Sans connaissances linguistiques hispaniques lorsqu’elle effleure l’ancienne dictature de Pinochet, l’ex commerciale export du groupe « CEDRAT », s’acclimate rapidement. « Nous avons choisi ce pays car mon mari s’est vu proposer l’opportunité de représenter la France au Chili. J’avais l’ambition de travailler donc j’ai décidé d’apprendre l’espagnol, pendant trois mois.» explique t-elle. Maitrisant l’anglais, l’allemand et le japonais,  Cécile parvient à décrocher facilement un poste de commerciale grands-comptes export, dans une entreprise locale. Elle constate que « les chiliens parlent très peu anglais, et les langues étrangères de manière générale. C’est la raison pour laquelle il est très facile de trouver un job, qui plus est en relation avec l’export, lorsqu’on maîtrise cette langue».

La jeune femme développe les ventes, sur les 5 continents, d’un concept bien particulier et innovant: les bâtonnets de glace en plastique. Elle souligne que cette expérience d’expatriation est également partagée par ses collègues et partenaires. « C’était quelque chose de nouveau pour eux aussi. En effet, les chiliens voyagent très peu, et le Chili reste un pays reculé. Aussi, l’apprentissage était double et partagé». Au siège de FOSKO, l’initiative de la découverte de l’autre fut donc encouragée. Là où « la valeur de l’idée » fait office de slogan – dont les locaux ressemblent étrangement à un palais italien – depuis que son exubérant patron a souhaité reproduire à l’identique un château au style baroque, pour héberger son entreprise.

Comprendre la dynamique chilienne:

« L’avantage du Chili est que tu y deviens millionnaire bien plus rapidement qu’en Europe » s’amuse Edouardo, en référence à la valeur de l’euro face à la monnaie chilienne (1€=633$ CLP). Seulement, le Chili est un pays avec des règles, des coutumes, des codes et des rites fondamentalement établis, qu’il est important d’apprivoiser et de respecter. Le chili est devenu un pays moteur d’Amérique Latine. Il connaît depuis quelques années une croissance forte, continue et frôle aujourd’hui le plein emploi ; inspirant ainsi confiance, stabilité et sécurité aux investisseurs. De plus, les innombrables accords de libre-échange établis avec le reste du monde en ont fait un pays phare du continent sud-américain, contrairement à l’Argentine dont les frontières sont de plus en plus ankylosées. « Certains amis ont réussi à retrouver du boulot en seulement trois semaines, voire un mois »  affirme l’experte en commerce international. Cette facilité à l’emploi et un chômage quasi-inexistant sont même devenus une source de complication pour notre restaurateur : « En terme de ressources humaines, on a un turnover relativement important, et il est parfois difficile de gérer les démissions inopinées ou les absences impromptues de nos serveuses ou garçons de café » argue t-il.

Le peuple chilien est un peuple accueillant, spontané qui accorde un point d’honneur à la notion de famille. « Les week-ends  sont consacrés aux retrouvailles familiales et où il est difficile d’être invité sans être des proches de longues dates. Il n’est pas rare d’observer des jeunes actifs de trente ans qui vivent toujours chez leurs parents. Certains couples et leurs enfants, même parfois» explique Cécile. Ainsi, nouer des liens forts et unis reste une tâche complexe. « Entre amis, partenaires, collègues ou autres, le dicton conseille de ne jamais traiter de religion ou de politique. La cicatrice de l’ancien régime est encore gravé dans toutes les mémoires » complète Edouard. Ces exemples ne sont que le reflet d’un mode de fonctionnement sibyllin. « Le chilien est par définition prudent, pour ne pas dire méfiant » promet celui dont le patronyme rappelle sa proximité avec ce pays. « Ici, il est important de signer n’importe quel engagement ou contrat devant un notaire. La signature ne fait pas foi sur un document officiel. Seule l’empreinte du pouce garantira tes droits. Par exemple, lors des travaux Au Boudoir, nous avons été contraints de faire appel à un architecte extérieur – comme un inspecteur des travaux finis – afin de vérifier les installations, tellement les incohérences budgétaires se dévoilaient au fil du temps, tellement les factures établies étaient gonflées par rapport au travail réalisé ».

Le chili possède une culture insulaire ; il est donc important de  faire preuve de prudence et d’attention. La ponctualité et la crainte de dire non sont des aspects qu’il est respectivement nécessaire de savoir administrer, interpréter. « Les chiliens possèdent une certaine faculté  à se laisser interrompre dans la réalisation d’une tâche; mais qui leur permet aussi d’avoir une disponibilité qui parfois fait défaut en France  » remarque  la salariée de FOSKO. Néanmoins, le Chili présente une droiture que le reste du continent prive de la sienne. En effet, l’obscurité mafieuse ou le vice de la corruption y restent largement  bridés. « Je n’ai jamais eu besoin de glisser un seul billet vert de ma vie à quelqu’un pour obtenir quelque chose » garantit Edouard. « Ce qui n’est pas le cas chez nos voisins argentins, péruviens voire brésiliens » ajoute-t-il. Les entreprises sont régulièrement visitées ou contrôlées par l’inspection du travail, le trésor public… Afin de vérifier la bonne tenue des comptes, des engagements, des droits des salariés.

Les chiliens sont des mercenaires du travail. Ils apprennent, dupliquent, copient et remanient aussi rapidement que Lucky Luke dégaine. Il est nécessaire d’accompagner cette volonté de s’éduquer, de se former. « Enormément de Français se sont cassés les dents en trois mois car, bien qu’arrivés avec des idées ou concepts brillants, ils n’ont pas su s’adapter, s’entourer, s’approprier la dynamique chilienne » témoigne Edouardo.

L’accès à l’entrepreneuriat est favorisé, promu. « Une entreprise se crée en une semaine et les modalités administratives sont encore en train de se simplifier ». Seul bémol, l’excès de confiance est dangereux. « J’entends beaucoup autour de moi : « Il y a tout à faire là bas ». Seulement, il ne faut pas oublier que personne ne vous attend pour apporter sa touche de modernité occidentale au pays ou au continent. Il faut s’accrocher et trouver le produit ou le service qui te différenciera et te permettra de perdurer » conclut l’entrepreneur Franco-Chilien.

La concurrence capitaliste et l’économie de marché n’ont pas pu détruire un trait important de la mentalité chilienne : l’entraide. Cette facette permanente ne se limite pas au cercle familial mais s’étend bien au-delà. Cet esprit de solidarité peut être illustré concrètement par le succès de campagnes de charité, de fondations et organisations travaillant dans les milieux sociaux. Cette camaraderie contraste avec l’insouciance généralisée quant à la planification, à l’épargne pour le futur. En d’autres termes, le chilien ne se préoccupe peu de son futur lointain. Il est habitué à vivre avec les catastrophes naturelles (tremblements de terre, tempêtes, sécheresse) et s’ils ont lieu, il reprend pied et continue son chemin.

Enfin, il serait outrageux d’oublier de mentionner la cordiale hospitalité des chiliens. Les immigrants européens furent accueillis à bras ouverts et ont jouis des mêmes droits que n’importe quel résident. Le visiteur étranger peut être sûr qu’il sera le bienvenu, de manière chaleureuse et hospitalière.

La force du réseau:

LE RÉSEAU SKEMA

La rencontre avec Edouard Jara a permis de mettre en lumière l’influence d’un passé commun. En effet, l’entrevue avec cet ancien SKEMIEN n’a été programmée qu’à mon passage à Santiago, lorsqu’après s’être rencontré sur le parvis Du Boudoir, nous réalisons que nous avons côtoyé les mêmes salles d’études, à quelques années d’intervalles. « Notre première conversation ne manquait pas de piquant ! Le simple fait de savoir que nous avions étudié dans la même école m’a donné envie de t’introduire, de te faire partager notre milieu, de t’aider. Cela permet de faire tomber une première barrière prestement» se souvient le principal intéressé.

Un désir d’entraide que l’interviewé est déterminé à mettre au service de la postérité puisqu’il avoue être encore surpris et impressionné par la détermination et l’envie de ces nouvelles forces vives qui apparaissent avec toujours plus d’idées et de dynamisme.

 « Je n’aurai jamais imaginé voir autant de jeunes intrépides débarquer à l’étranger avec un sac à dos, 10 pesos en poche et impatient de conquérir le monde. Je trouve cela exceptionnel.  Aux personnes exceptionnelles, nos portent resteront toujours ouvertes »

C’est la raison pour laquelle « Le Boudoir » serait ravi d’accueillir des stagiaires, en contrôle de gestion ou autres, afin de leurs transmettre savoir faire et ouverture d’esprit.

Un réseau qui fait autorité jusqu’à l’enceinte même du Boudoir puisque Sébastien D, ami et ancien partenaire de promo (2006), est aujourd’hui l’un des business angel du projet.

LE RÉSEAU PROFESSIONNEL
D’un point de vue commercial, politique, industriel, juridique…Savoir bien s’entourer est primordial. Le réseau est l’un des facteurs prépondérant du succès, qu’il est important de cultiver, d’entretenir. « Au chili, ce qui fait ta force, c’est ton réseau ! » atteste Edouard. 

 

Un conseil à un SKEMIEN:

 

Cécile Carnoy.

« Le Chili est un pays très agréable à vivre et les gens y sont particulièrement accueillants. Il y a beaucoup d’opportunités dans les secteurs tels que ceux de l’énergie, des transports, des communications… En tant que grand exportateur (cuivre, fruits, saumon…), c’est un pays toujours à l’affut de nouveaux partenaires.»

« La réalité du pays  c’est aussi  un SMIC a 300 euros, un contrat local à 45 heures par semaine, 15 jours de vacances annuelles, une absence de système de santé, des aides minimes par rapport à nos habitudes françaises.» 

« Il faut avoir conscience que le Chili, comme la plupart des pays d’Amérique Latine, est très éloigné de la France. C’est un compromis vis-à-vis de la famille et des amis mais si vous avez l’occasion de vivre cette expérience, n’hésitez pas! J’ai découvert une culture, une façon de vivre que je ne connaissais pas et qui m’ont énormément apporté. Il ne faut pas avoir peur de se lancer, même si on ne parle pas du tout la langue, les Chiliens sont toujours prêts a vous aider et trouvent toujours des solutions »

 

Edouard Jara.

« Oubliez que vous avez des limites. Il n’y a ni frontières, ni barrières. Ne vous laissez pas impressionner par le labeur, par la charge importante de travail que suppose l’entrepreneuriat. Un effort réel et sincère suffit à faire aboutir ses projets. »

« Etre entrepreneur, c’est prendre du plaisir chaque jour. Etre entrepreneur, c’est se lever le matin et se dire : qu’est ce que je vais gagner aujourd’hui – pas combien – qu’est ce que je vais apporter à mon entreprise pour la rendre plus prolifique, plus respectable, plus fonctionnelle, plus efficace. Etre entrepreneur, c’est aussi la liberté de réaliser ce qui vous tient réellement à cœur. Cela implique la fierté de voir les résultats sur le court terme, sur le long terme. Une entreprise, c’est le prolongement d’une personnalité, c’est une extension de soi-même, une façon de penser, de voir les choses. Etre entrepreneur, c’est aussi apprendre à mieux se connaître. ; c’est prendre conscience de ses habiletés, de ses forces de concentration, de persuasion, de détermination. »

« Parfois, c’est un mur de cent mètres de haut qu’il faut affronter avec une perche d’1,5 mètre. Seulement, avec un bon élan, n’importe qui peut franchir cette difficulté. Avec persévérance, la seule barrière que vous aurez à combattre sera celle que vous vous imposerez. »

« En ce qui concerne le Chili, c’est un territoire qui m’a conquis et époustouflé. Chaque matin, la cordillère vous salue. A une heure de la mer, une heure de la montagne, un peu plus des glaciers patagoniens ou du désert d’Atacama, le Chili est un petit coin de Paradis où il y fait bon vivre ! »

 

Si vous allez au Chili, vous entendrez résonner une chanson mélancolique de folklore national, dans laquelle le chanteur demande au voyageur qui arrive sur sa terre d’envoyer le bonjour à sa bien-aimée : « Y verás como quieren en Chile, al amigo cuando es forastero ». « Et tu verras qu’au Chili, ils considèrent l’étranger comme un ami».

Thibaut Becherel, Regional Sales Director CALA at InfoVista & Thomas Mila, Account Manager at Huddle Group, Buenos Aires (Argentine)

Contacts : Thomas Mila <thomas.mila1@gmail.com> & Thibaut Bécherel <thibaut.becherel@gmail.com>
Thomas Mila et Thibaut Becherel ne possèdent pas seulement la première lettre de leur prénom en commun. Une passion commune pour l’Amérique latine, leur parcours universitaire sur les bancs de SKEMA, leur soif d’unir découverte et épanouissement, d’allier carrière professionnelle et réalités d’un monde qui change,  en ont fait des expatriés au profil étonnamment similaire. Cinq années les séparent, les mêmes cinq années qui me détachent du plus jeune d’entre eux.
 
T. Becherel

T. Becherel

 
T. Mila

T. Mila

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Diplômés respectivement en 2003 et en 2008, ces deux « néo-Porteños » (habitants de Buenos Aires) partagent également des qualités de management reconnus puisqu’ils occupent tout deux un poste à haute responsabilité dans une entreprise spécialisé dans le domaine des télécommunications et des services informatiques. Le premier, est account manager du groupe Huddle, fondé en 2004. Basée en Argentine, cette start-up up propose des services de developpement et de consulting IT à de grandes entreprises US et Latino américaines.
Le second, occupe le poste de directeur des ventes (Sales Director) sur le territoire sud-américain chez Infovista ; entreprise française spécialisée dans la conception, le développement et la commercialisation de logiciels de gestion des performances des systèmes et infrastructures informatiques.
 
Un parcours et un désir d’expatriation, qui se dessinent dès leurs premières expériences d’échanges universitaires.
 

Un séjour au Mexique ; comme un déclic ?

Après un stage de six mois au Canada dès sa première année d’étude à SKEMA, Thomas amorce un voyage universitaire au Mexique. Son sac à dos et un dictionnaire comme seul compagnon de route. D’un papa d’origine espagnol, une mère professeur d’espagnol, un frère bientôt marié à une colombienne rencontrée à Marseille, ce terreau favorable aux pays hispanophiles lui permet de s’acclimater facilement à un environnement pourtant inconnu. Très vite, des amitiés se forment, la langue s’apprivoise, la culture se digère et sa fascination pour l’Amérique Latine grandit de jour en jour. « En troisième et dernière année, l’Erasmus me démangeait terriblement. J’ai décidé de partir réaliser un double diplôme en maîtrise et gestion d’entreprise à l’ ’’Instituto Tecnològico y de Estudios Superiores de Monterrey’’ au Mexique. C’était une super expérience : je suis parti seul, sans repères, sans camarades. J’ai adoré ce dépaysement. Un bonheur profond ! J’y ai noué de très belles amitiés et je pense que cette expérience a vraisemblablement joué dans mon envie de revenir ». Une atmosphère qu’il affectionne tellement qu’il cherchera brièvement  son premier emploi à Mexico avant de rentrer en France où le marché des jeunes diplômés est à l´époque bien plus attrayant. Ce sera finalement chez Sagem Communications, à Paris, qu’il integrera la structure commerciale. Recruté comme simple responsable de secteur, ses talents le propulsent au rang de contremaître grands comptes puis d’interlocuteur privilégié du client numéro 1 de Sagem : la Société générale ; qu’il managera deux ans, au niveau mondial. Après sept ans de bons et loyaux services, Thomas se retrouve face à un dilemme : prolonger chez Sagem qui lui propose une nouvelle mission en Afrique avec de nouveaux produits ou rejoindre le groupe Thomson Reuters frappant à sa porte depuis quelques mois.

Insatiable challenger et stimulé par ces nouvelles perspectives, sa main viendra apposer sa signature au bas du contrat d’account manager soumis par le groupe d’information décisionnel : Thomson Reuters. Il est alors projeté dans le monde de la finance de marché, jusqu’ici inexploré. Pendant deux ans, il sera en charge de la gestion des relations commerciales de nombreuses banques d’investissement de la place boursière parisienne. En collaboration avec les banques Lazard frères, Rothschild&Cie ainsi que les « boutiques » MessierMaris, Leonardo et Aforge finance, il échafaude et conduit de nombreux plans d’actions commerciaux. Seulement, en 2009, la crise financière contrecarre les plans de développement du groupe. L’entité de 50.000 employés se restructure à travers des fusions-acquisitions et bouleverse le climat de l’entreprise. Avec un supérieur à Londres ou à Amsterdam, une équipe disséminée d’un bout à l’autre de l’Europe, un management à distance… Les fantastiques outils de communications mis en place ne parviennent pas à éradiquer une certaine frustration collective et inefficience collective.

Après une décennie passée à Paris, l’espagnol, le folklore, le soleil lui manquent. En couple avec une diplomate slovène, ils élaborent ensemble un projet d’expatriation. Sa connaissance des produits financiers, son rapprochement avec la directrice Amérique du sud lors de ses déplacements en France et son profil attrayant, Thomas tire parti de la politique d’évolution transversale de Thomson Reuters pour intégrer l’équipe stratégique basée en Amérique Latine, à Buenos Aires. «  A ce moment là, ça a véritablement été la folie ! J’avais énormément de boulot, pas d’horaires fixes, mais mes missions me passionnaient. Être au centre des décisions stratégiques, étudier les marchés voisins, tenter de pénétrer le marché Colombien, Brésilien ou Vénézuélien, évaluer les meilleures tactiques de développement de l’entreprise m’ont permis d’être entouré de personnalités brillantes avec beaucoup de savoir à partager. L’objectif ensuite était de mettre en forme ces informations afin de délivrer des supports décisionnels à la direction. Un schéma très excitant ! » confie-il.

Malheureusement, l’aventure ne durera que sept mois. En effet, la filiale Argentine subie une forte pression du siège social aux Etats-Unis pour aligner sa structure sur la leur ; supposant ainsi que l’équipe de stratégie locale s’aligne avec celle du continent nord-américain ; impliquant ainsi un démantèlement de la « team » établie  à Buenos Aires.

Les nouvelles propositions internes ne lui convenant pas, Thomas préfère dès lors rebondir avec l´aide d´un cabinet spécialisé dans le marché du travail Argentin. « C’est important, voire primordial d’avoir l’aide de professionnels pour t’accompagner, t’aider à refaire ton curriculum vitae, te prodiguer des conseils, te mettre en relation avec des entreprises locales… Car le marché Argentin est très spécial» m’indique Thomas. « Le marché reste encore dynamique, c’est possible d’arriver et de trouver du boulot sur place mais c’est nettement plus difficile lorsqu’on est pas « connecté » » modère t-il. Grâce à cet organisme, Thomas retrouve une branche qu’il maîtrise parfaitement : la vente. Le challenge, avancé par la start-up « Huddle Group » édifiée huit ans plus tôt, est à la hauteur de son ambition. Il est depuis quatre mois au cœur du développement de cette SSII argentine. Il m’explique être « en charge de la gestion de comptes clients, principalement américains. ». « Ma mission est d’apporter solutions et équipes IT sur mesure afin de réaliser les projets informatiques de nos clients et prospects. Je m’occupe de la gestion commerciale avec nos clients US tout en assurant l’interface avec nos ingénieurs basés en Argentine, je développe le pipeline et établis un forecast de vente en vue du développement de la firme. Anglais ou espagnol, conférence call ou téléphone… Les connexions sont diverses et variées. » Il ajoute qu’il est plaisant de « travailler dans une petite structure, une PME. La communication est rapide, les outils mis à notre disposition sont efficaces, les fondateurs du groupe ont un business plan solide et une grande connaissance de l’étranger. Tous ces éléments nous permettent d’avoir un prix compétitif sur le marché et de travailler sereinement. Nous sommes aujourd’hui 200, bientôt 500 à l’horizon 2015. » Ils étaient cinq lors de sa création, Huddle Group veut désormais triplé ce chiffre. Des capital-risqueurs ont récemment encadré le déploiement de l’entreprise et les perspectives de croissance sont infinies. Du pain sur la planche pour les prochaines années et un formidable défi à relever pour notre diplômé.

En 2011 c’est au tour de Thibaut de suivre les traces de son ainé jusqu’à Buenos Aires. Celui-ci plongera également dans le grand bain de l’international dès son cursus scolaire, effectué sur le campus de Sophia Antipolis. Le fil conducteur de cette expatriation ? Le Mexique. Comme son prédécesseur, le benjamin des Alumnis interviewés via le projet SKEMA GLOBE STOPPEUR, a lui aussi goûté aux délices de l’Amérique latine, en échange universitaire, grâce au panel de partenariats SKEMA.

Après un BTS commerce international, le néo-skemien annonce très vite la couleur. D’abord l’Angleterre puis l’Espagne. Ensuite, les départs s’enchainent : un stage en Chine, un échange au Mexique ; qui lui servira de tremplin pour sa maîtrise de l’espagnol, parachevé par une césure en terre ibérique, à Barcelone. A croire que les explorateurs de la couronne du XVe siècle l’ont inspiré et lui collent à la peau. Un grand-père espagnol et une partie de sa famille d’origine hispanique aurait-il pesé dans la balance ? Naturellement, au moment de se prononcer sur la poursuite de ses études, il opte pour un apprentissage au sein d’une entreprise française, certes, mais en plein développement international : le groupe Geoimage, spécialisé dans la cartographie digitale et le marché des télécoms, depuis plus de 20 ans. Il lui est alors confié des missions commerciales sur le territoire nord et sud-américain, qu’il couple avec les cours d’international business, par le biais du programme d’alternance proposé par l’école. Reconnu pour son exemplarité et fort de résultats prometteurs, le diplôme grandes écoles en poche, Thibaut est désigné pour occuper le poste de directeur des ventes de la zone sud-américaine, dans la même compagnie. Responsable d’une équipe de quatre personnes, il développe la force de vente de l’entreprise, notamment avec les partenaires en Arabie-Saoudite, au Japon, à Hong-Kong ou encore à Dubaï, et bien sur avec certains pays d’Amérique latine. Les voyages se succèdent et la nécessité de quitter le territoire français afin d’apporter sa touche personnelle au marché sud-américain devient pressante – Il est clair que son passeport n’aura rien à envier au mien à la fin de mon tour du monde – Il est alors envoyé sur place par le groupe Mentum, racheté en novembre 2012 par InfoVista, dont le siège social est implanté à Paris. Après une formation de trois mois dans un bureau de Dallas, le choix lui ai laissé : Argentine, Brésil, Chili ? Son coup de cœur, Buenos Aires, deviendra son nouveau « chez-lui ». L’entreprise lui réservera un bureau au 9e étage du building de la chambre de commerce française, en plein centre des affaires.

L’Argentine, un formidable gâchis.

« La viande argentine est à l’image de son pays : c’est la meilleure du monde mais la plupart des argentins servent leurs pièces de bœuf trop cuite ou trop braisée ! » Une constatation judicieusement observée par Claire, étudiante à SKEMA en stage à Buenos Aires, et qui fut mon hôte le temps de mon séjour en capitale argentine.

En effet, l’Argentine possède des ressources considérables mais peinent à en faire bon usage.  Blé, maïs (5° producteur mondial), tournesol, soja transgénique (3° producteur mondial)… 160 M d’hectares de surface agricole, un élevage bovin mondialement reconnu (3° producteur mondial), des vins appréciés (5° producteur mondial), des sous-sol recélant des gisements d’or, d’argent, de cuivre, d’étain, de fer… Le pays possède d’importantes réserves de pétrole et de gaz. Le tourisme, le textile, l’automobile représentent également des secteurs d’activité non négligeables. Pourtant, ce pays qui occupait la 4e place au classement des nations les plus riches de la planète au début du XXe siècle, enchaine depuis trois décennies les crises financières et économiques (1989, 2001), et ne cesse de faire appel aux organismes internationaux tel que le FMI pour relancer son économie. Un déclin peut-être révélateur d’une corruption exacerbée et d’un régime politique désuet ?

« L’argentine est un pays très corrompu et les dirigeants ne souhaitent pas que cela change. » affirme Thomas. « Ceux qui accèdent au pouvoir désirent en profiter au maximum. C’est l’un des pays les moins bien classés sur la transparence de sa présidence, sur l’honnêteté de son gouvernement » constate t-il. « Un constat affligent puisque c’est un pays très riche, qui a beaucoup de ressources mais les argentins ne parviennent pas à sortir de cet engrenage néfaste et malsain » ajoute t-il. La comparaison avec la France ou d’autres pays d’Europe est éloquente. Lorsqu’une histoire éclate, telle que l’affaire Cahuzac, le principal concerné est contraint de démissionner immédiatement. En Argentine, ce genre d’écart de conduite est toléré.

De son côté, Thibaut Becherel concède que le pays est dans une situation compliquée actuellement. « Cela fait 10 ans qu’une même famille contrôle le pays. Cristina Kirchner entame son second mandat,  et la situation devient de plus en plus catastrophique ». Le pays défend une stratégie de fermeture de ses frontières et est de plus en plus comparé au Vénézuela d’Hugo Châvez. « Dans mon métier, je suis constamment confronté à cette problématique. Au niveau des importations, c’est totalement verrouillé. Pour les softwares que je souhaite importer, il faut toujours trouver un moyen de réaliser l’importation, être attentif à ne pas dépasser un certain montant, ne pas faire d’importation physique : un véritable casse-tête. De plus, se faire payer en dollar est devenu quelque chose de très compliqué. La situation économique du pays pâtit aujourd’hui de la politique gouvernementale menée depuis plusieurs années » analyse l’expert en import/export. La forte taxation à l’importation entraine l’exode de plusieurs multinationales tel que Kenzo, Le Coq Sportif,… Ainsi, ce sont les pays voisins qui exploitent la conjoncture argentine délabrée. «Le Chili, qui bénéficie d’une situation économique stable depuis une dizaine d’années attire des marques de renom. Le Brésil, en plein « boom » économique préserve également sa part du gâteau». Par exemple, Thibaut m’explique qu’il achète les cartouches de son imprimante HP lorsqu’il se rend au Brésil, une fois par mois, en voyage d’affaires, car ces dernières sont  introuvables en argentine, puisque bloquées à la douane. Le système suit le même schéma pour les médicaments. Les produits des laboratoires internationaux, européens ou américains, sont également immobilisés aux frontières. Cette volonté de développer des produits « made in Argentina » touche ses limites. « On ne s’improvise pas constructeur automobile, chercheurs ou opticien du jour au lendemain » remarque Thomas.

L’ensemble de ces éléments influence inéluctablement les mentalités. Le monde du travail argentin est devenu méfiant et craintif de l’inconnu. Un état d’esprit retrouvé jusqu’au sein des techniques de recrutement. « Le réseau est primordial en Argentine. Il n’est pas rare d’observer en Argentine des managers recrutés, non pas en fonction de leurs compétences, mais de leurs affinités avec une personnalité de la firme. Ce qui peut être dommageable pour l’entreprise qui a recours à ce type de recrutement certes, mais c’est un gage de sureté pour l’employeur » s’inquiète Thomas.  C’est la raison pour laquelle il semble difficile d’obtenir un poste à responsabilité en contrat local sans avoir de connexions préalables, et d’autant plus complexe de se lancer dans l’entrepreneuriat ici.

Un pays cyclique.

Le grenier du monde, qui fut une des premières puissances mondiales à une page de son histoire s’est habitué à vivre par cycle. Le crash de 2001 qui a ruiné la nation et vu le pays s’enflammer est encore dans tous les esprits. « La population incendiait le palais présidentiel, les banques, les institutions gouvernementales…» raconte Thomas. Depuis le pays a été déclaré en défaut de paiement, n’a pu honorer ses dettes et à eu l’opportunité de repartir sur des bases « saines ». Seulement, le taux de croissance de 7% sur les 8 dernières années et le plein emploi est confronté à un trop fort protectionnisme qui contrarie ce développement prometteur. Cependant, les argentins ne semblent pas inquiets par cette courbe dégringolante et un bon nombre d’indicateurs au rouge. « Un dicton argentin assure qu’il y a une crise tous les 12 ans. Cela fait 10 ans que l’Argentine connaît une forte croissance, ce qui implique une crise dans les 2 prochaines années. La philosophie argentine est donc de faire le dos rond, prendre son mal en patience et attendre le retour de l’abondance » explique Thibaut. Afin de faire avaler la pilule, le gouvernement accorde jusqu’à 30 jours fériés par an, et conserve ainsi la classe populaire acquise à sa cause.

Dans le même temps, le gouvernement limite l’accès aux devises étrangères. Un marché parallèle largement répendu s’est ainsi mis en place afin de concurrencer le peso officiel. Effectivement, puisque la monnaie argentine n’est pas une valeur sûre, les argentins cherchent à se munir d’euros ou de dollars. Conjointement, les européens ou américains cherchent à obtenir le meilleur taux de change possible. Ainsi, le marché parallèle propose des taux deux ou trois fois plus avantageux qu’une banque de change, et s’accorde une commission sur chaque transaction effectuée. Quand l’euro s’échange à 6,70p sur le marché réel, il vaut 9,50p sur le marché parallèle, une aubaine pour les touristes et autres expatriés. « Cette dualité risque d‘engendrer un retournement de l’économie et une dévaluation certaine ruinant les petits épargnants » assure Thomas. Malheureusement, l’argentine ne parvient pas à construire un avenir serein pour la future générations  et demeure ankylosée dans ses tourments.

La force du réseau :

« Le réseau des anciens est un accès privilégié au monde professionnel qu’il est important de préserver et d’entretenir » estime Thomas. Il compare le réseau d’une école à ceux développés sur le web tel que Linkedin ou Viadeo. Il ajoute que depuis la fusion effective, SKEMA grandit, se développe au même rythme que son réseau. Une ressource inépuisable.

Selon Thibaut, partager un passé commun permet de raviver des souvenirs et de faire tomber des portes parfois fermées à double tour. Les années d’études représentent, pour beaucoup d’entre nous, nos meilleures années, et nous laissent des images ineffaçables. C’est donc toujours un plaisir de retoucher à ces moments avec ses anciens camarades. L’école de commerce, cela rapproche, affirme Thibaut. Il me confie qu’un couple d’amis, rencontré à SKEMA vient d’annoncer leurs fiançailles. Le réseau Alumni est aussi l’occasion pour lui de partager ses expériences d’expatriation. « Par exemple, j’envisage de mettre un terme à l’aventure Buenos Aires prochainement et aimerais tenter l’aventure Asiatique. A Hong-Kong, en Chine, voire à Dubaï, le réseau SKEMA m’a permis de me rapprocher de plusieurs entreprises et d’obtenir des échos du style de vie de l’autre côté du pacifique » relate le jeune expatrié.

Un conseil à un SKEMIEN :

Thibaut Becherel.

« Aujourd’hui, l’école donne tous les moyens possibles pour tester une expérience à l’étranger »

«  Les destinations sont de plus en plus variées, les campus se multiplient, les entreprises sont de plus en plus ouvertes à des stagiaires étrangers alors profitez-en ! Tout le monde n’est pas obligé d’apprécier la vie d’expat, tout le monde n’aspire pas obligatoirement à partir à l’étranger mais pour ceux qui auraient encore un doute, il ne faut surtout pas avoir peur de partir, c’est tellement génial ! »

« Entre le taux de ceux qui annonce avoir envie de partir et ceux qui partent, le delta est important. Il faut savoir abandonner son confort en France et se lancer dans le vide. Le résultat est souvent une agréable surprise et va au delà de ses espérances. » 

Thomas Mila.

 « Prenez l’habitude d’avoir des premiers contacts avec l’entreprise très tôt dans votre scolarité. L’enseignement théorique reçu en école prend d’avantage de sens lorsqu’il est mis en application sur le « terrain ».  

« L’expérience internationale est une formidable opportunité bénéfique pour toute la vie. Si l’envie est là, il ne faut pas hésiter. C’est formateur pour soi même, bon pour ses capacités relationnelles. C’est aussi l’occasion de travailler dans une langue étrangère. Bien sûr il y a sa famille, ses amis, ses proches, sa copine… Mais c’est l’une des rares fois où vous aurez l’occasion de vivre ce type d’aventure et passer à côté serait, à mon sens, une erreur ».

L’expatriation est aussi un atout sur le CV, avance Thomas. « Aujourd’hui, les entreprises cherchent de la flexibilité, de la réactivité et des profils capables de s’adapter à un environnement en mutation permanente. Démontrer que l’on a su s’acclimater à une culture différente, des méthodes de travail variées prouve de réelles capacités d’adaptabilité ».

 « En ce qui concerne l’Argentine, je conseillerais aux jeunes désireux de venir s’installer ici de procéder à la technique du « Wait and See ». C’est à dire attendre quelques années que la crise s’efface et la croissance refasse surface. »

 

Luis Antunes, Directeur général Arc International Amérique du sud - Alexandre Haillot Canas da Silva, Executive Vice President for Presiozo south America - Cédric Depincé, Directeur des ventes Bodycote. Rio de Janeiro / Sao Paulo (Brésil)

Contacts : Alexandre Haillot Canas da Silva <alexandre.canas@prezioso.com.br> ; BR Depince Cedric Olivier Jerome <cedric.depince@pirelli.com> ; luis ANTUNES <luis.antunes@arc-intl.com>

Alexandre Da silva

Alexandre Haillot Canas da Silva

Cedric depince

Cedric Depince

Luis Antunes

Luis ANTUNES

Athos, Porthos et Aramis ou plutôt Alexandre, Cédric et Luis sont les trois mousquetaires des temps modernes débarqués au Brésil au début du XXIe siècle dans l’espoir de conquérir ce nouvel eldorado. Industrie pétrolière, secteur automobile ou art de la table, tous les prétextes sont bons pour rêver à ce pays au potentiel extraordinaire.

Aujourd’hui tous lusophones, les dix ans qui séparent l’ainé de la bande (Luis-promo 1989) de ses poursuivants (Alexandre et Cédric-promo 1999), n’ébranlent en rien l’affection qu’ils portent à cette contrée de plus de 8 millions de kilomètres carrés.

Paris, Londres, Lisbonne, Santiago, Mexico ou encore Bogota, l’itinéraire n’est jamais le même, pourtant, la destination finale reste inchangée : le Brésil.

Chacun sa route, chacun son chemin :

L’adage assure que tous les chemins mènent à Rome. Le parcours de ces trois adeptes du Brésil en est une redoutable illustration.

Luis Antunes : La fidélité avant tout.

Luis Antunes est aujourd’hui le directeur général de la filiale d’Arc International implantée au Brésil. Fabricant de verrerie et de cristal, Arc International s’est déployé en plusieurs marques emblématiques telles que « Luminarc », « Cristal d’Arques » ou « Arcoroc », à travers trois segments : le détail, l’ « HORECO » ( Hotel, Restaurant, Collectivité) et le BtoB (Business to Business). Présents en Chine, aux Emirats-arabes unis, en Russie et aux Etats-Unis, Arc International se développe également en Amérique Latine.

Il faut remonter quelques années en arrière pour comprendre les débuts de Luis au sein de cette société qu’il n’a jamais quittée. En dernière année d’école de commerce, à Lille, Luis postule pour un stage, un VSNE exactement (Volontaire du Service National en Entreprise) de 16 mois à Lisbonne chez Arc International. Une pierre, deux coup, puisqu’il est ainsi dispensé du service militaire français et est embauché au terme de son contrat de volontaire. Il intègre la verrerie cristallerie d’Arques crée en 1825, basée dans le Pas-de Calais.

« Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître » ironise l’interrogé sur les prémices de sa longue expatriation. En 1989, Luis obtient son diplôme « Grandes Ecoles » et est envoyé au Mexique pour y ouvrir une entité juridique et développer la marque.  Le virus s’empare du jeune expatrié et l’Amérique du sud devient son terrain de jeu. Après quatre ans au Mexique, quatre ans en Argentine jusqu’à la crise de 2001 et quatre ans au Chili, il s’est installé à Sao Paulo où il élève avec son épouse ses cinq enfants – quasiment un par pays – depuis sept ans. Vingt ans après son entrée chez Arc International, dont 19 années en tant qu’expatrié, il est à la tête d’une équipe de 25 représentants et a multiplié par 10 le chiffre d’affaire de la filiale brésilienne depuis son arrivée. En 2010, Arc International reçoit le prix de la meilleure implantation française des jeunes entreprises de moins de 5 ans décerné par la Chambre de Commerce franco-brésilienne. Un juste retour des choses et un formidable retournement de situation puisque son premier pied posé sur le territoire brésilien abritait une toute autre atmosphère.  Luis Antunes se souvient : « Mon premier souvenir du Brésil est assez fabuleux puisque c’était l’obscurité totale. Mon avion avait décollé à Buenos Aires et se posait à l’aéroport de Rio de Janeiro. Or Rio avait subi un black out total et nous étions dans le noir complet. Seules les lumières de la piste d’atterrissage nous servait d’espoir pour sortir du néant. »

Bien que Chti de toujours et lillois de naissance, on est en droit de supposer que d’autres origines lointaines se dissimulent derrière ce prénom à l’écho latino. En effet, Luis Filipe Antunes est issu d’une famille portugaise, dont le grand père avait élu domicile au Brésil pendant quinze ans. « C’est toujours difficile d’expliquer une expatriation mais c’est vrai que les antécédents familiaux influencent forcément, même inconsciemment, ses premiers choix de carrière » admet-il.

Aujourd’hui, Luis est chaque année confronté à un dilemme. « Quand les affaires vont mal, je souhaite rentrer en France. Lorsqu’elles vont bien, j’oublie de rentrer » concède t-il. C’est aussi l’une des facettes de l’aventure internationale qu’il est important de considérer. « Quelque part, le temps s’écoule. Seulement, on s’en rend moins compte de l’autre côté de l’atlantique. Le jour où l’on s’aperçoit que les gens ont changé, les pays se sont transformés, les familles ont évolué, il est parfois trop tard. Un retour en France est alors plus délicat à envisager. » D’autant plus après 20 ans d’ancienneté au sein d’une seule et même société » confie Luis sur les risques de l’expatriation. C’est pourquoi il semble important de mesurer voire de limiter sa période d’absence si l’envie de revenir dans son pays d’origine est profondément ancrée. « En ce qui me concerne, c’est davantage mon employeur et le contexte économique qui détiennent les clés de mon avenir professionnel mais pour le moment on continue au Brésil ! »

Cédric Depincé : Un rêve de gosse.

Intrigué depuis le plus jeune âge par ces couleurs, ces sourires, ce rythme endiablé de samba ressenti jusque dans l’allure des footballeurs tels que Ronaldo, Rivaldo et autres Roberto Carlos, le Brésil est très vite devenu une véritable obsession pour Cédric. « J’ai découvert le Brésil en regardant le coupe du monde à la télévision ». Une obsession telle que, lorsque que Peugeot lui propose un poste à Lisbonne, au Portugal, à la sortie de l’école, le jeune diplômé y décèle une ingénieuse opportunité d’approcher sa cible en s’intéressant d’abord, à sa langue : le portugais.

Là encore, le choix de l’industrie automobile pour se lancer dans le grand bain du monde professionnel n’est pas un hasard. Fils du pilote automobile Jean-Claude Depincé, spécialiste des 24 heures du Mans, Cédric est bercé par le ronronnement d’une Chevrolet corvette ou de la Cheetah G601 pilotées par celui que l’on surnommait « Depnic ». En 1988, Cédric perd son père dans un accident d’avion alors qu’il n’est âgé que de 11 ans. L’homme s’est éteint, mais la fascination pour l’automobile, elle, n’a pas disparu. Onze ans plus tard, le digne héritier de l’ancien pilote de course fait ses armes chez la célèbre marque au lion.

S’il est vrai que Cédric est un passionné, il est peut-être plus encore un aventurier. En 2005, après un bref passage chez Macmillan puis chez Altran, il décide de faire un « break » pour se consacrer à sa seconde passion: la musique. Il fonde alors « Cedmusic », une entreprise d’évènementiel destinée à promouvoir sa musique. Par son biais, et accompagné de son groupe de musiciens, il va sillonner les routes de France à travers une tournée de concerts qui durera deux ans. Seulement, les 24 mois de scène ont accentué la fatigue et épuisé le budget.

Conscient que son Master en management est en mesure de lui ouvrir d’autres portes, et fort d’une expérience personnelle et professionnelle hors norme, l’apprenti mélomane renoue avec son rêve de toujours : le Brésil. En 2007, il rejoint le groupe Pirelli. Certes, il obtient ses premiers grades, avenue des Nations, à Paris mais il sait que la société se développe de manière exponentielle en Amérique du sud et plus particulièrement, au Brésil. « J’ai toujours eu l’objectif de vivre en Amérique Latine. Mon choix de rejoindre le groupe Pirelli n’était pas totalement innocent. Il regroupait ma passion pour l’automobile et je savais que la plus grande filiale du groupe était implantée à Sao Paulo. J’ai fait preuve de patience et quand l’occasion s’est présentée, j’ai sauté dessus ! » En 2011, Cédric parvient à convaincre le siège milanais que ses compétences acquises sur le territoire hexagonal seraient utiles au développement de la filiale sud-américaine. Il devient ainsi le premier Français expatrié pour Pirelli au Brésil.

Depuis notre rencontre en février 2013, Cédric a quitté le groupe Pirelli pour rejoindre « Bodycote » où il occupe le poste de directeur des ventes et est en charge d’une équipe de 15 commerciaux brésiliens.

Alexandre Haillot Canas da Silva : Un héritage familial.

Fils et petit-fils d’expatrié, Alexandre goute dès le plus jeune âge aux tribulations de l’expatriation. Né à Glasgow en Ecosse, élevé à Riyad en Arabie Saoudite, Alexandre a aujourd’hui perpétué le schéma familial. Ses deux enfants âgés de sept et neuf ans possèdent déjà quatre pays à leur actif.

Débarqué à Rio de Janeiro en 2008, en tant que directeur financier de la compagnie pétrolière Perenco, l’élégant néo-carioca (Habitant de Rio) n’en était pas à son coup d’essai. Avant le Brésil, ce n’est pas moins de six pays qu’il a eu l’occasion de côtoyer depuis sa sortie de SKEMA en 1999. Déjà pendant ses années d’études, Alexandre montre son attachement à des territoires atypiques. Pendant ses études, il réalise un stage pour UbiFrance au Mozambique et un stage chez Bouygues en Angola. Il y découvre les virevoltantes tonalités de la langue portugaise. Une langue qu’il aura l’occasion de parfaire dès l’obtention de son diplôme puisqu’il est recruté par Alcatel-Lucent comme contrôleur à Lisbonne au Portugal, où il rencontrera sa future épouse. A l’heure où l’industrie des télécoms bat de l’aile, le jeune financier a le vent en poupe et rejoint le géant italien spécialisé dans la recherche et les forages pétroliers : Saipem Eni. C’est aux Pays-Bas, à Amsterdam que le nouveau contrôleur financier du groupe observera la montée en puissance de l’industrie pétrolière, lorsque le prix du baril de pétrole amorce un redressement spectaculaire passant de 10 à 30 dollars en 18 mois.

Rigoureux et travailleur acharné, Alexandre s’enflamme pour cette ressource énergétique qu’il n’est pourtant pas recommandé d’approcher par le feu. Le temps d’une anodine halte de trois ans en France, le moment est déjà venu de repartir à la découverte d’un nouveau continent : l’Amérique du sud, et plus précisément Bogota, en Colombie pour la compagnie pétrolière française « Perenco ». Mais Alexandre semble avoir la bougeotte. Un an après son emménagement au pays de l’aguardiente (spécialité colombienne), il est envoyé à Londres pour prendre les rênes de la direction financière des activités moyen-orientales.

Alexandre a formidablement dépisté son secteur de prédilection car de l’énergie, il en a à revendre. Un an après son retour sur le continent européen, les bribes de portugais effleurées lors de ses précédentes expatriations reviennent frapper à la porte de son destin. Il renoue alors avec l’Amérique du sud. Au Brésil cette fois. Malgré le grand nombre de pays visités, le premier pied posé sur le territoire brésilien demeure un moment particulier: « Je me souviens de mon premier passage à Rio. Ce frémissement ressenti, cette vibration dégagée par les brésiliens est encore palpable aujourd’hui. Ce fut comme un shoot de gaieté, d’enthousiasme. La magie avait opérée », se remémore l’interrogé.

Avantagé par sa connaissance aigue du marché et son apprentissage fulgurant de la culture brésilienne, il quitte le groupe Perenco après trois ans, afin d’ouvrir la porte du marché brésilien à Prezioso, experte en maintenance de plateformes pétrolières. En 2011, il accède au rang de directeur général de la firme et endosse la responsabilité de redistribuer l’activité du groupe en s’attaquant au marché LATAM.

L’amour des gens, l’attrait des langues, la soif inassouvie d’aventure, de découverte, inculqués par sa famille constitue peut-être le fil rouge de ces années d’expatriation.

Le Portugal, un passage obligatoire ? 

Malgré une ascension disparate, ces trois diplômés partagent un point commun : Le Brésil. Les chemins empruntés pour y aboutir n’ont rien à envier à la diversité de leurs choix de parcours. Pourtant, un détail reste à noter. Tous possèdent une destination antérieure commune : Lisbonne. Ainsi, puisque maitriser le portugais semble primordial pour s’intégrer aisément au pays de la samba, le Portugal ne représenterait-il pas, pour les amoureux du Brésil, un substitut afin de se familiariser avec le langage carioca,  en seulement 1h30 de trajet depuis Paris?

Le Brésil, un pays de la façade atlantique :

L’Amérique du sud pourrait finalement se diviser en deux façades : pacifique et atlantique. L’alliance du Pacifique, initiée par le Chili, la Colombie, le Pérou et le Mexique, représente les pays de la côte andine. « Ces derniers connaissent d’excellents taux de croissance. Ce sont des marchés extrêmement compétitifs, faciles d’accès et avec de très belles perspectives de développement dans les cinq années à venir » affirme Luis Antunes. Ces pays se caractérisent par leur problématique de prix. En effet, les pays andins orientent leur regard vers l’Asie. Le prix et la compétitivité constituent leurs principales préoccupations.

De l’autre côté, il y a les pays de la façade atlantique. « Les entreprises sont centrées sur l’importance de la marque et l’esprit y est beaucoup plus protectionniste » observe le directeur d’Arc international. L’Amérique du sud collationne deux problématiques fondamentalement opposées. « Il se détache une côte andine d’attrait et d’approche facile où il est aisé de faire des affaires rapidement. Face à une côte atlantique où l’investissement se positionne davantage sur le long terme » résume Luis Antunes.

Le Brésil appartient à la seconde catégorie. Une sphère où la réalité protectionniste est quotidienne. Soumis à des embargos douaniers draconiens et à une bureaucratie complexe, l’implantation des sociétés importatrices est rendue difficile. « Nous sommes exposés à près de 70% d’impôts sur nos produits importés » explique l’importateur de verre.  « C’est un pays qu’il faut regarder de l’intérieur, et non de l’extérieur. » ajoute t-il.

Une terre de contraste :

Plus qu’un simple pays d’Amérique latine, le Brésil est un continent, dans un continent. « Terre de contraste » disait le sociologue et anthropologue français, Roger Bastide. Cette contrée de l’autre hémisphère n’est que démesure et disproportion : richesse éléphantesque contre misère endémique, splendeur fastueuse contre pauvreté quotidienne, utilitarisme exacerbé contre spiritualité grandissante, superficialité manifeste contre simplicité affichée, excentricité architecturale contre cicatrice coloniale… Le portrait serait encore long à dresser.

« La beauté n’est pas une idée absolue, et ne peut s’apprécier que par le contraste »

Théophile Gautier

Cette diversité en a fait un pays complexe et difficile à apprivoiser. Longtemps le continent oublié, par habitude et tradition, l’Europe s’est toujours nécessairement tournée vers l’Asie. « L’Amérique latine a longuement été synonyme de corruption, d’insécurité » confirme le spécialiste en fabrication de verre. « Aujourd’hui, le blason se redore, le continent est devenu attractif ». Seulement, en terme de compréhension et d’accès au marché, le Brésil est probablement le pays le plus complexe d’Amérique du sud. « Pour les PME qui s’implantent ici, il ne faut pas s’attendre à faire du profit dans les deux premières années » assure de son côté le spécialiste en gaz.

Luis Antunes illustre cette délicate conjoncture par une clairvoyante métaphore. Il s’interroge : combien de personnes savent jouer aux dames ? Combien de personnes savent jouer aux échecs ? Naturellement, davantage de joueurs maîtrisent les règles du jeu de dames que des échecs. Le jeu de dame est un jeu plus simple, plus facile à entreprendre. Le nombre d’initiés est donc plus élevé ; la concurrence aussi. Le jeu d’échecs, au contraire, est un art qui demande de la patience avant d’en dominer les rudiments. Ainsi, seuls les plus courageux et les plus belliqueux persévèrent jusqu’à faire florès. Le Brésil symbolise les échecs de l’Amérique du sud. Déchiffrer les codes de ce territoire est un travail de longue haleine. Mais lorsqu’ils sont domestiqués, les combinaisons sont multiples, les débouchés sensationnels. Les autres nations, plus accessibles, comme le Chili, sont confrontés à un nombre excessif d’acteurs sur le marché, donc à une concurrence pléthorique.

« Il y a du business, il y a du volume, il y a de la marge… Mais ce n’est pas donné à tout le monde de réussir au Brésil. Parmi les grandes entreprises françaises implantées au Brésil, combien ont atteint leurs objectifs initiaux ? Combien ont prospéré comme elles l’espéraient ? Bien moins qu’on ne le pense » observe Alexandre Haillot  Canas Da Silva.

« L’adaptation au Brésil n’est pas aussi simple qu’on voudrait le croire » constate Cédric Depincé. La barrière culturelle est davantage prononcée que dans les pays voisins. En terme de management, c’est au « gringo » de s’adapter au mode de fonctionnement brésilien. Le Brésil est un cas à part et il faut procéder à la « technique de l’éponge » estime le jeune passionné d’automobile. « Il faut prendre tout ce qu’il y a à prendre. Utiliser les aspects positifs du fonctionnement brésilien afin d’apporter efficacement son expertise métier. » certifie t-il. Le volume énergétique dépensé au profit du management au Brésil est largement supérieur à la demande européenne. « On travaille beaucoup plus ici qu’en France pour atteindre les mêmes objectifs » constate Alexandre Haillot Canas Da Silva. Il parle d’ « intelligence émotionnelle ». La limite entre la vie professionnelle et la vie personnelle est toujours très obscure. La manière de manager une équipe s’en fait ainsi ressentir. Les années d’esclavage qui ont marqué le Brésil ont influencé leurs méthodes de fonctionnement et ont abouti à un management paternaliste. « Une réunion qui se passe mal, ça finit en pleurs ici» relate l’homme clé de Prezioso. Qu’il s’agisse de rendez-vous clients ou de management interne, une présence physique est essentielle. « Si j’oublie l’anniversaire d’une secrétaire ou un membre de mon équipe, la personne est capable de ne plus m’adresser la parole pendant plusieurs jours » a t-il constaté.  Un exemple représentatif de ce management par l’affectif. Un dicton brésilien énonce que le gouvernement « met en place des difficultés pour pouvoir vendre des facilités. » En d’autres termes, à force de persévérance, l’eldorado n’est pas inaccessible.

L’après 2016, le plus grand des défis :

« Le surfeur est beau lorsqu’il est debout sur sa planche» selon les mots de Luis Antunes. C’est le cas du Brésil depuis quelques années et cette prodigieuse poursuite sur la lèvre de la vague devrait durer jusqu’en 2016. Stimulé par l’organisation d’évènements planétaires tels que les JMJ, la coupe des confédérations, la coupe du monde de football et les jeux olympiques, le risque de tomber à l’eau n’est cependant pas à ignorer. Le brésil a vécu une décade fabuleuse. Une classe moyenne a émergé, la population active s’est appropriée un marché du travail désertique, la monnaie s’est réévaluée, les investissements étrangers ont jailli de toutes parts, la consommation a suivi cette cadence infernale et le pays tout entier s’est sculpté une réputation de future puissance mondiale. Seulement, le gouvernement brésilien a omis d’investir suffisamment en infrastructure. Quand la Chine s’abreuve en infrastructure en y investissant 10% de son PIB par an, le Brésil se contente d’insuffler qu’1,5% dans ses fondations. L’aéroport est identique à celui des années 1990, les routes n’ont pas changé. « On évite pas les trous, on les choisis » s’amuse Luis Antunes. A titre d’exemple, de nombreuses compagnies ont pris l’initiative de faire venir des bateaux de croisières afin de loger les fanatiques de football pendant la coupe du monde, car les hôtels sont surchargés. Pourtant expert dans l’art du cristal, Luis Antunes concède ne pas posséder de dons de voyance mais assure que le Brésil a connu « une explosion économique qui repose sur des bases fragiles ». Il est donc important d’avancer avec prudence. Cédric veut croire au développement croissant du Brésil après 2016 car il estime que ce pays « regorge de ressources » et a d’ores et déjà montré sa capacité à se relever.

Dans un tout autre secteur d’activité, Alexandre, lui, à une vison bien plus lointaine. « Les découvertes de gisements pétroliers au Brésil de ces dernières années renforcent nos positions. Le secteur de l’énergie est appelé à se développer considérablement au Brésil dans les prochaines années » présage l’homme d’affaire.

L’autre grand défi du Brésil est inexorablement celui de la sécurité. Dilma Rousseff, successeur de Lula, œuvre pour préserver un climat sécuritaire naissant. Un effort constaté notamment par les habitants de Rio de Janeiro. En 2009, Alexandre avait été attaqué dans un restaurant du centre ville, par cinq malfrats, armés d’AK45 et de grenades. « Un décor du film Pulp Fiction » confirme t-il. Quatre ans plus tard, l’atmosphère s’est métamorphosée. La vague de pacification cultivée par l’armée en 2009 a considérablement bouleversé le paysage. Un bémol est à émettre  puisque la criminalité ne s’est évidemment pas évaporée. L’un des diplômés s’interroge : N’est-ce qu’une facette cosmétique destinée aux comités d’organisations de la FIFA et des JO ou est-ce un réel travail de fond dans le but d’endiguer les agressions ?

Pour Alexandre, le Brésil n’est pas un pays fondamentalement violent. Le brésil est un pays socialement violent. La nuance est minime mais prend tout son sens dans cet exemple : « Lorsqu’il y a 3 millions de personnes dans les rues pour le carnaval, il n’y a pas d’incidents. Lorsqu’il y a 1 million de personnes sur les champs Elysées en France, les vitrines explosent, les dégâts sont colossaux et de nombreuses échauffourées éclatent», constate l’intéressé. Assurément, les signes extérieurs de richesses doivent être proscrits, certains codes doivent être respectés, mais en définitive, le peuple brésilien n’est fondamentalement pas farouchement irascible.

Le plus grand challenge qui attend le Brésil réside dans sa faculté à démontrer au reste du monde que la marche en avant initiée au début du siècle n’était qu’un aperçu de ses capacités.  2016 s’apparentera à un indicateur de taille.

La force du réseau :

Fidèle à son entreprise depuis plus de 20 ans, Luis Antunes l’est aussi dans sa vie familiale. Son parcours avec madame Antunes, avec qui il traversera le continent sud-américain au fil de ses années d’expatriations, est le fruit d’une rencontre sur les bancs des amphis de SKEMA. . « Il faut croire que l’école de commerce apportait déjà plus qu’un simple diplôme» se réjouit le coutumier de l’expatriation sud-américaine.

Alexandre et Cédric, issus de la même promotion de SKEMA, s’étaient croisés lors de leur passage à Lisbonne. Ils résident aujourd’hui à 500 kilomètres d’écart. L’un à Rio, l’autre à Sao Paulo et continuent de se retrouver les week-ends pour échanger sur leur passé commun sur le campus de Lille.

Ismaël, copain de promotion à SKEMA, avait rejoint Cédric dans son projet de tournée musicale  nationale.

Un conseil à un SKEMIEN :

Luis Antunes :

« On gagne tous à bien préparer un départ ! Il est beaucoup trop fréquent d’observer des entreprises ou de jeunes diplômés arriver ici à la recherche d’un eldorado que même les espagnols ne sont pas parvenus à trouver. »

« Une préparation rigoureuse via les organismes locaux comme UbiFrance, les chambres de commerce ou tout simplement le réseau de l’école est primordial. L’information est la clé de la réussite. Il est toujours dommage d’arriver sur une ville et de voir les lumières s’éteindre. »

Cédric Depincé :

« Avoir des amis brésiliens capables de vous ouvrir certaines portes est un avantage indiscutable lorsque l’on souhaite réussir au Brésil. »

« Aujourd’hui je suis étudiant, j’ai 22 ans. Si SKEMA ouvre un campus demain, je signe tout de suite. »

« Apprenez la langue, préparez votre voyage, venez faire des séjours de repérage, structurez votre arrivée et appréciez ! »

Alexandre Haillot Canas da Silva :

« Si vous voulez venir au Brésil, commencez par Sao Paulo, ensuite Rio. La marche sera moins haute entre Sao Paulo et une grande ville européenne »

« Soyez cohérents dans vos choix de parcours, dans votre cheminement. Il sera ainsi plus aisé de développer son réseau dans un secteur d’activité choisi »

Le brésil a ses raisons que la raison ignore. Une civilisation qui se construit, se défait, renaît avec des craquements, des explosions et une énergie incroyable. Le Brésil, c’est une frontière culturelle à franchir. S’il devait y avoir un mot qui résume parfaitement le Brésil aujourd’hui, ce serait peut-être celui-ci : « Tudo bem » ; tout va bien.

Cédric Depincé avait été marqué par le sourire des brésiliens, Alexandre, lui, conclurait en portugais : « é o pais da bola da vez » La balle est dans notre camp !

LES MOTS-CLÉS :

Patience, Adaptabilité, Langue, 2016, Energie, Optimisme, Opportunités, Pugnacité.

LES MARCHES PORTEURS AU BRÉSIL :

- La construction civile (Aéroport, stade de football, routes, réseau ferré)

- Le tourisme

- L’hébergement / la restauration

LES PRINCIPALES DIFFICULTÉS :

-       Obtenir un visa de travail : 60 jours

-       Appréhender la culture

-       Comprendre le système fiscal brésilien

-       Trouver un espace (apparentement, locaux) accessible

OUVRAGES RECOMMANDÉS : 

- Le Brésil, terre d’avenir. Stefan Zweig

-Rouge Brésil. Jean-Christophe Rufin

Frederic Bonifassy, Technology Consultant at Spring Professional - François Chrétien, Senior Recruitment Consultant at Spring Professional Asia - Christophe Altaie, General director ONIRIM. Singapour (Singapour)

Contacts : frederic bonifassy <frederic.bonifassy@gmail.com> ; Christophe Altaie <christophe.altaie@ceramiens.com> ; CHRETIEN François <Francois.CHRETIEN@skema.edu>

Pour la première fois, découvrez en image et en musique, ma rencontre avec les diplômés SKEMA Business School établis à Singapour.

De gauche à droite : C.Altaie, F.Bonifassy, F.Chretien

De gauche à droite : C.Altaie, F.Bonifassy, F.Chretien

Alumni SKEMA Singapour from benjamin ferre on Vimeo.

Phouvanh Sidavong, Budget controller, Lao Brewery Company Ltd - Ladsamy Phadouanesinh, Finance & Admistrative Manager at Ban Lao Survey-Design and Construction Company Ltd. Vientiane (Laos)

Contacts : Phouvanh Sidavong <phouvanh.s@beerlao.la> ; Ladsamy Phadouanesinh <pladsamy@gmail.com>

Introduce yourself

- Phouvanh Sidavong : « Hello, I am Phouvanh Sidavong, from Laos. You can call me Leo. I currently working for Lao Brewery Company Ltd, who produce Beerlao, Tigerhead drinking water, Pepsi cola in Laos. My responsible is budget controller. »

- Ladsamy Phadouanesinh : « My name is Ladsamy Phadouanesinh, I am a deputy Director, and Finance & Admistrative Manager at Ban Lao Survey-Design and Construction Company Ltd which is our family business. Ban Lao Company is a constuction company which is almost 8 years. We are focusing on construction house, apartment and general building. Nowaday, we also spread our business to do the construction road and bridge and electrical works. »

Could you tell me about your Background. SKEMA and after SKEMA?

- Phouvanh Sidavong : « I had a bachelor degree of Economic from the National University of Laos. Master on Business administrative from the Lao-French cooperation program. During my master course I had almost 1 year was a exchange student in CERAM Sophai Antipolis, Nice city. »

- Ladsamy Phadouanesinh : « After I graduated from CERAM in 2006 , i have been worked at Theun Hinboun Power Company as Executive Assistant for 2 years, then I decided to quit my job to work and helping our family business which is Ban Lao Company. »

What is your vision of Laos today? and for the future? 

- Phouvanh Sidavong : « Laos is very peaceful and civilization of the people spirit. Eco-tourism is very famous around the country. Economic is increasing slightly around 7% per year, numbers of foreign investment also increase main neighbor countries like Thailand, China, Vietnam, some from European country and USA. There are also NGO working in Laos like. We are re-structuring the infrastructure like road, rail train, electricity, water supply with purpose to make country to be developing country in 2020. »

- Ladsamy Phadouanesinh : « Recently, Laos is very deloping espeacially our economics, the number of business is growing and a hill amount of investments espacially the hydropower projects. »

Do you have any advice for students who wish to come and work in Laos after their studies?

- Phouvanh Sidavong : « It is very advantage for student who graduated from oversea. Not only experience there are also a team building activities and culture from students around the world, that he/she will bring back after class. Laos is in the developing phase, so many projects are under production. The government strategies is to open country to the world, Laos has been a member of WTO since 2 February 2013. »

- Ladsamy Phadouanesinh : « It is very good oppotunities for students who just graduated and wants to work in Laos becuase of a  high required of foreign staff who has high skills. It is not only wokring as stafff but it is also good chance for run a business in Laos. »

5 Responses to Témoignages

  1. Tom Ferré

    Oh le saligaud!!! Même au bout du monde, tu arrives à me piquer mes affaires!!
    Je vais changer la bulle par: »bring me back home please!! » (en anglais pour traverser la planète)

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