En route vers Ushuaia.

La nouvelle est tombée… Et quelle nouvelle !!! Après une cinquantaine de mails envoyés, le destin me sourit. Un message de Carole, responsable de « ESPRIT D’EQUIPE », organisme coordonnant des croisières en Antarctique et en Patagonie chilienne, s’affiche dans ma boîte de réception. L’adrénaline est à son paroxysme lorsque je click sur ce dernier pour le découvrir… Les mots se suivent, s’enchaînent et je n’en crois pas mes yeux : « Ok pour le 11 décembre, tu vas voir Thierry, Franck & Fred à bord dès ton arrivée, ponton du club Afasyn, à Ushuaia. Tu verras, c’est une aventure hors du commun. Bonne suite pour ton périple. Bon WE. Carole ! » Après Lionel Péan et Patrick Tabarly, c’est à mon tour d’embarquer sur ce vaisseau des mers qui a gagné la Whitbread (course autour du monde en équipage), en 1986! Le défi est lancé : traverser le Chili et l’Argentine en moins de 10 jours afin de rejoindre l’équipage à temps pour prendre part à l’expédition au départ d’Ushuaia ! Si c’est chose faite, le 25 décembre 2012 se célèbrera bien avec nos amis pingouins, lions de mer et autres albatros…. Navigation vers Port Stanley sur l’archipel des Malouines en passant par l’île des Etats et le phare du bout du monde avant de contourner le Cap Horn pour rentrer au bercail. A l’abordage !

Interprétant l’annonce observée, je m’empresse de rassembler mes affaires éparpillées autour de moi. Telle une tortue, ma maison sur le dos, je questionne les logeurs présents sur le meilleur positionnement à la sortie du village et la route à emprunter vers le sud. Dans la salle de séjour, je remarque un groupe d’une vingtaine d’étudiants, déjà sur place depuis la veille, qui semble sur le départ. Leur enseignant m’indique qu’ils participaient à une excursion de deux jours et retournent vers Antofagasta, à 340 kilomètres de là, dans une heure. Avec l’appui du professeur et le consentement du chauffeur, je profite de quelques sièges vacants dans leur minibus pour faire route à leur bord et amorcer ainsi mon chemin vers Ushuaia. Diablement excité par ma présence dans le bus les premiers kilomètres, mes camarades s’abandonneront rapidement à une activité plus reposante : dormir.

Arrivée dans la ville portuaire d’Antofagasta à la tombée de la nuit, je poursuis mon chemin en camion, jusqu’à La Serena.  Au petit matin, je quitte la région de Coquimbo, direction Santiago, pris par un couple de chiliens. Avec eux, j’expérimente la conduite internationale, au volant de leur petit bolide, une Suziki Alto, atteignant difficilement les 100 km/h en montée. Après 1600 kilomètres en seulement 24h, j’accède à la capitale chilienne. Contrairement au Pérou et à la Bolivie, le Chili semble être propice à l’autostop.

Ayant rejoint Santiago du chili à bride abattue, j’entre en contact avec Yves Duperron. Le temps d’un déjeuner, nous bavardons, échangeons, dissertons. Diplômé SKEMA Business School en 1997, franco-autrichien, animé par l’envie de découvrir, d’apprendre, de voyager, Yves se galvanise de séjours à l’étranger. Polyglotte, marié à une chilienne, père de deux enfants d’ores et déjà trilingue, ce passionné voire brûlant amoureux des langues laisse derrière lui un parcours difficilement plus itinérant.

Plus tard dans la soirée, sans signes de vie échangées depuis deux ans, je décide de rendre visite à Amélie ; une ancienne partenaire du 4L Trophy 2010, installée au chili. Je me rends donc au restaurant « Le Boudoir ». A l’entrée, son compagnon, Edouard, m’apprend qu’Amélie non seulement travaille ici, mais n’est autre que l’un des trois heureux propriétaires de l’établissement. S’interrogeant sur nos racines, nos projets, nos études…nous en venons à l’étonnante conclusion : à dix ans d’intervalle, nous nous sommes assis sur les mêmes bancs d’amphi, à SKEMA, sur le campus de Lille ! Une rencontre fortuite et une aubaine pour mon documentaire. « Edouardo », m’invite à revenir dans quelques heures pour prendre part à leur événement organisé pour L’Oréal, au Boudoir, et ainsi avoir l’opportunité de croiser Amélie. Le lendemain, un rendez-vous est fixé, dans l’un des nombreux salons privés de leur taverne, afin de réaliser une interview dans un cadre éloquent. Ayant la nationalité chilienne par son père, Edouard Jara, trentenaire issu du milieu du marketing, décide de changer de vie et de s’installer au Chili, après plusieurs mois de repérage préalable dans le pays. Avec son associé Clément, ils imaginent « La Baguette ». Au cœur du patio « Bellavista », dédié à la gastronomie et à la culture, ils surfent sur un nouveau créneau et inventent une cafétéria gourmet, à la française. Avide d’expérience et d’aventure, il lance par la suite un concept de bar/restaurant lounge, haut de gamme, cette fois avec un partenaire supplémentaire : Amélie. Un laïus authentique et riche en enseignements bientôt publié dans l’onglet « Témoignages ». Notre entrevue durera trois heures et mettra en lumière une complicité évidente entre deux générations de SKEMIEN.

L’enregistrement en poche, Edouardo me conduit jusqu’à la « Copec » (station service chilienne) à une heure de Santiago. Une avance non-négligeable en vue des 3500 kms restant à parcourir jusqu’à Ushuaia.  Jeudi 6 décembre 2012, 13h45, mon pouce affûté comme une lame de rasoir, érigé telle une flamme olympique,  je suis déterminé à atteindre Ushuaia, dimanche soir au plus tard. Optimiste à la suite d’essais concluant entre San Pédro et Santiago, la plupart de mes chauffeurs, eux, semblent plus que dubitatifs. Toujours parfaitement « posté », j’avale les bornes comme un prédateur dévore ses proies. J’aborde Osorno à l’heure où le soleil dort,  déposé à un péage de sortie d’autoroute. Une heure dans un froid sibérien et toujours aucun passage. Je me résigne à faire appel à un taxi afin d’aller me plonger dans les bras de Morphée au motel le plus proche.

Au lever du jour, la conquête du grand sud reprend tambours battant. Un rapide passage de la frontière argentine, un bref aperçu de la somptueuse région de Bariloche, je profite de la crevaison d’une des roues de mon carrosse : une Hyundai f10, pour jouir du paysage et étudier ma carte. De Junín à Esquel, lacs, montagnes, forêts de sapins et chalets de bois s’étendent au pied de la cordillère.

Arrivé une fois encore à la nuit tombée, un « dodo » en tente, sur l’herbe bordant la route, je jette mon pouce dans la fosse dès six heures du matin. J’avance assez rapidement vers le sud, puis la pépite, « LA » bonne personne, une étape unique lors d’un tel circuit… Je suis pris par un papa divorcé, la cinquantaine, direction Rio Gallegos…

Au fur et à mesure des kilomètres qui défilent, il m’apprend qu’il rend visite à ses fils à Rio Grande, 200 km avant Ushuaia. A ces mots, je ne me senti plus de joie, j’ouvris un large bec et bondis sur l’occasion en l’implorant de faire route avec lui jusqu’au bout… Il semble d’abord réfuter l’idée…mais nous sympathisons au fil des heures. Au final, il me propose de ne pas s’arrêter pour dormir et de rouler jusqu’à la frontière … On somnolera une heure devant l’embarcation permettant de rejoindre l’île hébergeant Ushuaia. 1700 km avec une seule et même voiture, sensationnel !

Les 100 derniers kilomètres sont les plus durs, comme un signe du destin pour me rappeler que rien n’est si facile finalement…

Je décèle un restaurant au bord de la route et m’en approche afin de demander si l’un des clients ne se dirigerai pas vers Ushuaia après le repas… Le responsable m’indique qu’il célèbre aujourd’hui l’inauguration de l’établissement, qu’il habite à Ushuaia et qu’il serait en mesure de m’y déposer à la fin du service… J’en profite donc pour me restaurer et m’accorder un festin après un long périple léger en calories. Dernier client avant la fermeture, il m’offre une significative bouteille de rouge en souvenir avant de prendre place dans sa voiture avec son épouse et sa fille, ayant soufflé le même nombre de bougies que ma sœur cadette. Le courant passe bien, très bien même. Tellement bien qu’ils m’accueillent chez eux, deux jours durant : gîtes, couvert, douche chaude, découverte de la ville, escapade à la laverie… Ils me prennent littéralement sous leurs ailes !

Passé par tous les états de stress et d’enchantement ou d’excitation, après 72 heures, le pouce solidement accroché, le regard enjoué et le sourire aux lèvres, prêt à m’interposer au milieu de la route pour arrêter les voitures… J’y suis, USHUAIA, ville la plus au sud de la planète, petit coin de bout du monde, je t’ébranle, je t’effleure, je te touche ! Un challenge relevé et un instant magique, émouvant. 


 Et pour le plaisir, un assortiment des chauffeurs les plus marquants…

 

110 Responses to En route vers Ushuaia.

  1. Clément B.

    Les femmes ne conduisent pas en Amérique du Sud, ou tu leur fait peur?

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