D’Arequipa à la frontière bolivienne en passant par la vallée sacrée

Ayant profité de ma venue à Huacachina pour y parcourir les impressionnantes dunes bordant l’oasis, c’est aux aurores que je reprends la route ; direction : Arequipa, à quelques 700 kilomètres de là. D’abord déposé sur la panaméricaine par un pick-up, c’est un jeune-homme de 87 ans qui m’avance à la prochaine station service, mieux desservie et davantage fréquentée. Ce dernier me fait cadeau de quelques citrons verts et de son chapeau fétiche afin de résister aux chaleurs péruviennes. A peine le temps de me rafraichir qu’un camping car « FRANCIA » me fait signe d’embarquer. En vadrouille depuis près de deux ans, ce jeune couple de Dijonnais et leur fils de quatre ans traversent le continent Américain depuis le Canada jusqu’au sud de l’Argentine. Des longues heures d’attente à la frontière pour obtenir une simple agrafe et un tampon, les multiples arrestations aux infractions inexistantes ou l’armada de policiers américains les réveillant au milieu de la nuit, prêts à dégainer, seulement pour connaître la raison de leur présence sur le territoire, leurs récits ne manquent ni de tumultes, ni assurément d’humour. 

Après une halte à Nasca, afin d’y admirer les énigmatiques géoglyphes pré-incaïques, c’est une nouvelle fois en camion que je prolonge mon itinéraire. Seulement, cette fois-ci, le chauffeur du semi-remorque est entouré de femme et enfant. Je dois donc me résoudre à me faufiler à l’arrière du véhicule, partageant l’espace avec une cargaison d’acier, étonnement plus imposante que moi. Cependant, je dispose d’un privilège de taille puisque je bénéficie désormais d’une vue à 360° du paysage qui défile au fil des heures. Un trajet sui-generis puisque ce dernier subvient un 31 octobre. Jour d’halloween certes, mais également date de mon 22e anniversaire. Un événement que je célèbre à la nuit tombante, un briquet en guise de bougie, le regard plongé dans un ciel étoilé, me remémorant l’anniversaire anticipé en France il y a quelques semaines, et songeant aux futures rencontres et aventures qui m’attendent. Après une partie de la nuit passée sous la bâche couvrant le fer, me servant de couverture, et un tracé de près de 24 heures, je devine les édifices d’Arequipa, veillée par les cônes altiers de deux volcans dont l ‘élégant Misti. 

Arequipa est tout ce que Lima n’est pas affirmait un poète péruvien. En effet, face au « désordre organisé » de la capitale, la ville natale du célèbre écrivain Mario Vergas prend des allures de capitale culturelle. L’immense couvent, « El monasterio de Santa Catalina », véritable ville dans la ville, me laisse sans voix. Parloirs, patios, cloitres, cellules, fresques murales, confessionnaux, ruelles et autres maisons basses y sont tous plus grandioses les uns que les autres. La place des armes, elle, est sans doute l’une des plus belles du pays. De nuit, le spectacle y est garanti.

 

Mon séjour à « la ville blanche » est l’occasion de rendre visite à Pauline et Anne-Coline; deux étudiantes françaises en mission humanitaire au Pérou. Leur association, APHIPAC, œuvre pour la guérison et l’apaisement des enfants handicapés par l’équithérapie, aussi appelée TAC (Thérapie Avec le Cheval). Avec eux, je participe à l’organisation de la « kermesse » dédiée aux bambins et ai l’autorisation d’assister à plusieurs cessions de cette méthode, encore peu développée. Je reçois même un cours particulier d’équitation de l’une des monitrices de l’association.

Après une dernière soirée avec mes hôtes, leur colocataire germano-syrienne, Elba, un de leur ami New-Yorkais et Kiké, un péruvien travaillant pour l’organisme « El Gato », chargé d’accueillir les voyageurs désireux de découvrir l’Amazonie, je renoue avec les routes péruviennes et gagne Cusco, plus en Nord, en une douzaine d’heures. Éprouvé par le voyage, en grande partie de nuit, je pose mon attirail chez Carmen, une mère de famille qui tient une petite auberge, au fin fond d’une ruelle quasi-introuvable, dont le patio intérieur laisse place aux différents « Globe-Trotteurs » relatant leurs périples. Ville coloniale par excellence, ornée de splendides richesses architecturales, « La Rome des Incas » perd en dépaysement tant les touristes y sont nombreux. Les cartes de restaurants y sont en Anglais, les bars se nomment « Irish Bar » ou « Temples Bar », les oscillantes intonations espagnoles sont supplantées par des bribes d’idiomes allemandes, britanniques, françaises voire chinoises au croisement des rues et le « mercado » est abreuvé de visages européens. Mon unique tentative de me rendre dans la zone moins touristique, au-dessus du quartier de San Blas, dans les hauteurs de la ville, me vaudra une intense course poursuite avec un chien de garde, certainement dressé pour chasser les « gringos » souhaitant s’y aventurer. Mon tour de la ville me permettra tout de même de participer à la traditionnelle photo de classe annuelle de l’école « Manuelito » où je m’étais rendu pour interroger une enseignante sur l’ « éducation au Pérou », sujet incontournable du pays. 

Autre élément incontournable du Pérou : Le Machu Picchu, une merveille du monde qui se mérite. Malgré plusieurs tentatives, s’y rendre en STOP s’avère être mission impossible. Collectivo, combi, marche à pied, train et bus sont les différents moyens de transports à disposition, un véritable parcours du combattant. Parti à 9h, je n’accède à Ollantaytombo, lieu d’embarcation du train vers le Machu, qu’à 19h. Cependant, de Pisac aux Maras, en passant par les insoupçonnables Salinas, le chemin à emprunter depuis Cusco est semé d’improbables sites à contempler. 

La probabilité de tomber sur un allemand, parlant italien, anglais et français, dans un train bondé de péruviens, reste proche de 0. Pourtant, après près d‘une heure de trajet, pénétrant la vallée sacrée, je m’aperçois que mon voisin parle non seulement la langue de Shakespeare mais également celle de Molière. David, né à Cologne, diplômé de Science pô Paris, exerçant une activité dans la finance à Londres, a décidé de faire un break pour voyager avant de retourner aux affaires et monter ce qu’il aime appeler « un business ». Arrivé à 22h50 à Aguas Calientes, ville au pied du Machu Picchu, mon matériel de campement resté à Cusco, ne sachant pas où passer la nuit… David me propose de partager la chambre qu’il a d’ores et déjà réservé. Le lendemain, ou plutôt cinq heures de sommeil plus tard, nous rejoignons le chemin des incas afin d’arriver les premiers sur le site. D’abord totalement enfoui dans une brume épaisse, le léger vent laisse peu à peu apparaître l’incroyable citée inca. Découvert il y a seulement 100 ans, la prouesse réalisée ici est stupéfiante. Tel un nid de condor sur une crête acérée, ce qui pourrait être un simple village au pied d’une montagne et une succession de pierres interposées, le monument précolombien prend une toute autre ampleur à 2400 mètres d’altitude. Se glissant dans les groupes de touristes entourés d’un guide, nous parvenons à obtenir divers éclaircissements et explications sur l’ultime capitale inca. A l’image du Pérou, le Machu Picchu, immense richesse du territoire, ne profite malheureusement que trop peu aux habitants de la région. Le train « Perurail » appartient en fait à l’Orient Express et la majorité des recettes des entrées des quelques 2500 visiteurs par jour reviennent en grande partie à des compagnies Brésiliennes ou Chiliennes. Nous terminons l’expédition avec Bruno, un belge rencontré au sommet. De retour dans la soirée à Cusco, mon séjour s’achèvera par un dîner international avec mes deux compagnons de route. 

Peu de temps après mon arrivée à Cusco, j’avais reçu un message de kiké, rencontré trois jours auparavant, à Arequipa. Ce dernier me confiait le numéro de téléphone d’un de ses amis, Victor, habitant aux portes de la jungle et lui aussi membre de l’organisme « El Gato ». Les rencontres changent les destinées. Je décide alors de ne plus me rendre en Amazonie bolivienne mais de saisir l’opportunité de partir à la découverte de la Selva, sans passer par une agence de tourisme, souvent trop conventionnelle. Soucieux de ne pas prendre de retard, je rejoins Puerto Maldonado en bus depuis Cusco. Moins économique, mais au combien plus rapide vers ce type de destination. Je suis accueilli à ma sortie du bus par Victor, prévenu de mon arrivée seulement une dizaine d’heures plus tôt. Il me propose, ainsi qu’à Esther, une espagnole rencontrée dans le car, de se rendre chez lui, où il vit avec une partie de sa famille, pour y déguster un copieux petit déjeuner. 

A la suite dune brève visite de la ville, une soirée découverte dans l’endroit « branché » du coin et une courte nuit de sommeil, Esther, Daniel dit « Dani » qui sera notre guide de la semaine et moi-même  prenons place à bord d’une archaïque pirogue. 6 heures sur les flots, le long du Rio Tambopota, s’enfonçant peu à peu dans la jungle Amazonienne. L’heure entière d’orage tonitruant et de pluies diluviennes annonce notre arrivée à « EL GATO ».

« El Gato », c’est en fait l’éden découvert par un pécheur, Adrian Ramirez, il y a 30 ans. C’est aujourd’hui un organisme portant un projet d’éco-tourisme en développement commun avec la communauté voisine de Baltimore.

 

« El Gato », c’est aussi et surtout un véritable Havre de paix. À mille lieux de toute civilisation, on y vit en complète autarcie. Au contact des omniprésents moustiques, tarentules, piranhas, perroquets, singes et autres habitants de la forêt tropicale. Pendant une semaine, quasi seul au monde, bercé par le seul braillement des animaux et le torrent qui déferle à quelques pas d’ici, nous découvrons, à travers la pêche aux piranhas, la construction de bicoques, la dégustation de Gusano (larves vivantes) et l’accueil de quelques touristes venant des alentours, le mode de vie local. 

Après une dernière excursion nocturne, et pas moins de 387 piqures d’insectes, nous remontons le Rio Tambopota accompagnés des habitants du « Madre de Dios », qui rejoignent eux aussi la ville des chercheurs d’or afin de vendre leurs récoltes de fruits sur le marché. 

Le pied sur la terre ferme, mon pouce, laissé au repos depuis Cusco, reprend du service ; direction : le lac Titicaca et la frontière bolivienne ! Camionnettes, voiture de location, mobylettes, camion et van me permettent d’avancer 10 heures durant. L’obscurité s’abattant sur les routes, menaçant ainsi la poursuite de mon itinéraire, je dois faire escale à Puno. J’apprendrai par la suite que ce choix fût judicieux puisque le poste de contrôle interdit tout passage en Bolivie après 19h. A la recherche d’un endroit où dormir, je suis pris en main par Rossaria, une jeune étudiante de 17 ans qui m’accorde une rapide visite du centre ville avant de me conduire chez l’un de ses amis qui tient une auberge. Le lendemain, sa sœur cadette et elle cheminent jusqu’à moi afin de terminer l’excursion initiée la veille. Nous nous rendons sur les bords du lac pour y retrouver une partie de sa famille. Son indiscutable bonté la conduira même à m’aiguiller jusqu’à la sortie de la ville, m’indiquant ainsi le meilleur spot pour continuer ma route en stop.

Deux heures plus tard, et quatre semaines après mon atterrissage sur le continent, je suis en Bolivie. Quelques huit kilomètres plus loin, je m’accorde une nuit dans un hôtel de Copacabana bordant le somptueux et incommensurable lac Titicaca, pour célébrer le franchissement de ma première frontière. A 50 bolivianos soit cinq euros, difficile de résister ! Chambre individuelle, matelas confortable, salle de bain privative, douche chaude, Wifi illimité et gratuit, télévision, une nuit d’un sommeil sans alarmes… autrement dit, 24 luxueuses heures avant de reprendre la route vers la capitale la plus haute du monde : La Paz ! 

Coté Alumni, je profite de mon passage à Cusco pour réaliser ma première interview. Thierry Lannoy, diplômé 1998, entrepreneur dans l’âme, lancé par l’incubateur SKEMA, pépinière d’entreprises des produits innovants, il a successivement créé deux entreprises. D’abord d’emballages plastiques de produits innovants Samsonite, puis un site internet communautaire de ventes de bateaux d’occasions accompagné d’un chantier naval.  Ayant quitté la France pour rejoindre, avec son équipe, le Pérou, afin d’y créer une structure d’exploitation minière, il a aujourd’hui pour ambition d’importer ses produits en France. C’est d’ailleurs un jeune diplômé SKEMA qui est chargé de mettre en place cette activité en France, à Nice. Un parcours étonnant et détonnant à découvrir à la fin du mois.

Près de 2600 kilomètres parcourus depuis Lima, théâtre du début de l’aventure SKEMA GLOBE STOPPEUR, j’ai désormais le sentiment d’être pleinement entré dans mon voyage. Mes progrès en espagnol et un progressif apprentissage du mode de fonctionnement des mentalités de la région me permettent de me rapprocher plus aisément des habitants et ainsi approfondir mes ressentis et autres perceptions de ceux qui m’entourent. Dans cette partie du globe, la France est un pays qui intrigue, captive, parfois passionne. Souvent neutre dans les conflits impliquant les conquistadors et les « gringos » américains, les citoyens de l’hexagone y sont le plus souvent respectés, facilitant le contact avec la population.

 

Des « locaux » aux back-packers, du simple artisan au futur dirigeant, de l’accessible voyageur aux irrévocables aventuriers, de New-York à Hong-Kong, des quatre coins du monde, l’échange est permanent. Chaque journée abrite une nouvelle rencontre et autant de virevoltants récits. Philosophie, way of life, us et coutumes, cheminement, inquiétudes, étonnements, bonheurs, espoirs, confidences, anecdotes, aspirations… autant de sujets de conversations initiés que d’individus interrogés.

 

Le Pérou restera un pays surprenant qui m’aura marqué par la gentillesse des personnes côtoyées et l’immense potentiel économique de ce territoire, inondé de richesses, trop souvent oubliées. C’est désormais les routes sinueuses de la Bolivie que je rejoins sans oublier le proverbe chinois :

«  Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas »

 

Lao-Tseu 

128 Responses to D’Arequipa à la frontière bolivienne en passant par la vallée sacrée

  1. Francois de La Vigne

    Impressionnantes, ces horribles bestioles qui pullulent dans cette jungle !
    J ai,souvenir dans la foret guatémaltèque, de fourmis plus longues que le doigt ! …et d un type devant moi hurlant suite a une piqure d un truc genre taon !
    Tu dois être bouffé de partout !
    Bye,
    Francois

  2. lionel de la vigne

    pssst, Esther, c’est toute l’Espagne rencontrée par hasard, la chance sourit toujours aux audacieux.
    Mais Rossaria, on ne pourra donc que l’imaginer ?
    Rectifie pour la suite…
    Bravo pour cette jolie expérience en cours, et tiens tête, des escadrilles entières de Mosquitos sont en route pour te sucer ce qui te reste.
    Lionel

  3. Veronique

    Quel cadeau merveilleux tu nous fais : tes écrits sont évocateurs ,je te sens à ta place ,curieux heureux de découvrir le monde et toi même ,rien de mieux que ce que tu vis en ce moment ,et les photos nous rapprochent de toi ,toute ma tendre affection mon BEnji ,continue ta belle route jr t embrasse fort
    Marraine

  4. Tom Ferré

    Après 20000 lieux sous les mers, 20000 lieux sur les terres ;-)
    Le record LILLE-MARSEILLE semble soudain une goutte d’eau au milieu de l’océan!!

    Continues ces beaux récits qui nous font rêver avec ce style aussi beau et assuré que tes chemises sont déchirées ;-)

    Gros bisous

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